Le monde de l’art vient de perdre l’un de ses grands artificiers du regard, un homme qui savait faire chanter une piscine, un pommier, une route de campagne ou une simple lumière de fin d’après-midi comme d’autres font une déclaration d’amour ou un pied de nez au temps. David Hockney s’est éteint paisiblement chez lui à Londres le 11 juin 2026, à 88 ans, a annoncé son agente, laissant derrière lui une œuvre immense, bariolée, sensuelle, traversée d’une joie presque insolente face à la gravité du monde.
Né à Bradford en 1937, Hockney fut de ces artistes qui n’ont jamais cessé de déplacer la peinture pour l’empêcher de dormir, la réveiller, la remettre au travail. Figure majeure du pop art des années 1960, il a très tôt compris que la modernité ne se limiterait pas à de grands manifestes théoriques, mais passerait aussi par la couleur, le désir, la lumière et cette manière très personnelle de regarder le réel comme s’il n’était jamais tout à fait fini. Ses paysages anglais, ses intérieurs californiens, ses fameuses piscines turquoise, tout cela composait moins une iconographie qu’une humeur, un art de vivre, une manière d’opposer au sérieux compassé du siècle une jubilation parfaitement maîtrisée.
David Hockney, maître de la couleur et du pop art
Ce qui frappait chez Hockney, au fond, c’était cette capacité très rare à traverser les époques sans se faire digérer par elles. Il maîtrisait l’académisme, puis s’en échappait, s’emparait de nouvelles technologies sans jamais perdre sa main ni son œil, allant jusqu’à utiliser l’iPad à un âge où d’autres s’accrochent à leur pinceau comme à une relique. Là où tant d’artistes finissent par rejouer leur propre légende, lui continuait d’expérimenter, de déplacer les cadres, de bousculer la perspective, comme si chaque tableau devait rester une aventure plutôt qu’un monument.
Son œuvre a fini par entrer dans la culture populaire avec des images devenues presque universelles, notamment A Bigger Splash en 1967 : cette éclaboussure dans une piscine californienne, baignée de soleil, qui résume à elle seule tout un imaginaire de plaisir, de solitude chic, de sensualité et de silence brisé par l’instant. Hockney y capturait quelque chose d’infiniment simple et d’infiniment difficile : la sensation qu’un lieu, une seconde, une lumière pouvaient contenir une vie entière. Il avait cette élégance rare des artistes qui ne cherchent pas à moraliser leur époque mais à la rendre plus visible, plus nerveuse, plus vivable aussi.
« J’ai eu une très bonne vie »
Hockney lui-même résumait son rapport à l’art avec une simplicité désarmante : “Pour moi, l’art, c’est la vie.” Et encore : “J’aime dessiner, j’aime peindre, c’est ainsi que j’ai passé ma vie.” Derrière la phrase, il y avait moins une profession de foi qu’un programme existentiel, presque une discipline de bonheur. Il racontait aussi avoir choisi le dessin après quelques leçons de piano dans son enfance, découvrant qu’il devrait s’exercer tous les jours et préférant, très logiquement, la liberté du trait à l’obligation de la gamme. “Je pense avoir fait le bon choix”, disait-il avec un humour tranquille, “parce que je suis désormais devenu bien sourd, mais j’aimais la musique. En fait, j’ai eu une très bonne vie.” Difficile de faire plus juste, plus modeste et plus brillant à la fois.
Avec David Hockney disparaît un artiste qui aura fait de la couleur une morale, du quotidien une fête visuelle et de la peinture une manière de contredire la fatalité. Il laisse des images qu’on croit connaître depuis toujours, parce qu’elles ont trouvé le chemin de nos rétines et de notre mémoire collective, mais qu’il faudra désormais revoir autrement : comme les fragments d’un monde plus lumineux, plus libre, et décidément plus vivant que la moyenne.
(article réalisé avec la contribution de l’IA)


