Tom Buisseret s’est fait connaître sous le pseudo de TS74 -son initiale, celle de sa complice d’alors, devenue son épouse, suivies de leur année de naissance. Né à Bruxelles, il fait le tour du monde encore enfant dans le camping-car : c’est le bon côté de ses parents hippies.
Ce photographe à découvrir vit désormais à Paris, travaille pour la mode et la publicité tout en poursuivant son travail personnel, à la recherche de « quelque chose de présent et de vivant. Lors d’une séance, précise-t-il, j’ai besoin qu’il se passe quelque chose avec le modèle, j’ai besoin d’une présence et d’être dans l’échange. » Il fait partie de ces artistes qui parlent à leur modèle. « J’aime photographier une féminité forte, une femme qui sait pourquoi elle est là. » Tom a bien voulu répondre à nos questions en 2014.
« Même si mon modèle me dit « Je t’emmerde », ça m’intéresse. Il faut qu’il se passe quelque chose. »
Avec quel appareil travaillez-vous ?
Ça dépend du but de l’image… Souvent, j’utilise un 3DX, un gros Nikon avec une sensibilité et un piqué de dingue. Mais j’ai fait de très bonnes photos avec des boîtiers très bas de gamme. Au Mexique, je m’étais fait voler mes bagages et j’ai acheté le lendemain sur un marché une sous-marque chinoise ; ça ne m’a pas empêché de faire des photos dont j’étais fier. Tout est dans l’intention, plus que dans le matériel.
Quand et comment avez-vous décidé de devenir photographe professionnel ?
J’ai été élevé dans la culture de l’image, entouré de graphistes et de photographes, dans ma famille et autour d’elle. J’ai fait des études d’arts graphiques, puis les Beaux-Arts. Ensuite, je suis parti voir si l’herbe était plus verte ailleurs, aux États-Unis en l’occurrence… En fait je n’ai pas vraiment décidé de devenir photographe, je l’ai fait, c’est tout.
Qu’est-ce que vous préférez photographier ? Pourquoi ?
Des êtres vivants ! Je ne fais pas de nature morte. J’ai besoin d’éprouver un feeling pour mon sujet.
Quelles sont vos inspirations (photographes et autres…) ?
Trop dur !! Je regarde tout ce que je peux, j’adore ça… Je vais répondre façon « cloud », si vous voulez bien.
Bien sûr, on est sur Internet !
#JamesHetfield, Helmut Newton, Tom Ford, Walter Pfeiffer, Natas Kaupas, Nan Goldin, Harry Peccinotti, Hunter Stompson, Brooke Candy, Vivianne Sassen, Robert Plant, Anja Rubik, Richard Avedon, Malgosia Bella, Mario Sorrenti, Jean Loup Sieff, Eniko Mihalik, Cary Grant, Katja Rahlwes, Terry Richardson, Annette Messager, Jack Kerouac, Steven Klein, Camilla Akrans, Terje Haakonsen, Annie Leibovitz, Lindsey Wixson, Patrick Demarchelier, Savannah Wolfgang Tillmans, Chan Marshall, Cedric Buchet, Jerry Hall, Guy Bourdin, Catherine Deneuve, David Armstrong, Daphne Groneveld, Steve MacQueen, Lily Cole, Jean Paul Goude, Twiggy, Stephano Pilati, Peggy Guggenheim, Dennis Hopper, Charlotte Rampling, Bret Easton Ellis et Vivienne Westwood…
Qui ou que rêvez-vous de photographier à l’avenir ?
Beigbeder en pin-up du Lui.
En pin-up ! ?
Oui, avec un maquillage féminin, quoi.
Genre Gainsbourg par William Klein sur la pochette de Love on the Beat ?
Tout à fait !
« Après avoir passé quelques temps sur les hauteurs de Los Angeles, j’ai pu me rendre compte que le seul défaut de Bret Easton Ellis, c’est d’adoucir la réalité. »
Et votre plus grand souvenir professionnel ?
Ce que j’aime, c’est qu’on m’appelle et qu’on me dise « ça te dirait de shooter machin ? ». J’aime la surprise. Je n’ai pas de Graal, j’adore me dire : « ah ouais, je n’avais pas pensé à ça, mais quel super sujet ! ». Un matin, on m’appelle pour me demander si j’étais dispo l’après-midi même afin de photographier Larry CLark, le réalisateur, entre autres, de Kids et Ken Park. Je suis fan de ce monsieur. J’étais à genoux devant lui -ce qui ne rend pas les choses plus faciles. Il m’a proposé de faire le tour de l’expo avec lui, il m’a parlé de chaque image. J’étais aux anges.
Un conseil pour les photographes débutants ?
Regardez ! faites !
Mais encore ?
« Regarder », ça ne veut pas dire « voir ». C’est se poser des tas de questions sur ce qu’on a sous les yeux. Aux Beaux-Arts, un prof nous a demandés une fois de passer des heures à regarder une tache au sol. Des années après, j’ai compris que ce genre d’exercice m’a permis de voir autrement. Pour voir autrement, il faut commencer par regarder, observer, s’interroger. Et quand je dis « faites », c’est que, vraiment, il faut appuyer sur le bouton. Parce qu’en procédant ainsi, assez vite, on sait ce qu’on ne veut pas faire. Ce qu’on veut faire… ça évoluera tout au long de la vie. Mais savoir ce qu’on ne veut pas faire, c’est une étape qu’il est indispensable de franchir, le plus tôt possible.
On est à l’époque des flux d’images. Il y en a partout, constamment. Bonne ou mauvaise chose ?
Bonne chose ! Il y a tout et rien, mais les mauvaises images mettent les bonnes en valeur. Et s’il y a aujourd’hui une grande facilité à faire et diffuser des photos, c’est aussi une bonne chose. Allez-y, les gars ! Après, c’est le travail qui écrème. C’est un métier difficile et beaucoup décrochent. Dans ma génération, nous étions très nombreux à choisir cette voie et, des années après, ce n’est plus qu’un tout petit village. Au final, un photographe professionnel, c’est souvent quelqu’un qui ne s’est jamais découragé !
Retrouvez Tom Buisseret sur son instagram, ici.


