Villa9trois : la Méditerranée étoilée à l’abri du tumulte

Il est des adresses que l’on ne s’attend pas à trouver là. En plein cœur de Montreuil, derrière la ville qui s’agite, ses rues passantes, ses façades ordinaires et son énergie de périphérie vivante, se cache un lieu que les gastronomes connaissent désormais bien : la Villa9trois. Une maison chic, presque secrète, posée dans un écrin de verdure, où l’on vient depuis 2023 goûter une cuisine étoilée qui ne cherche jamais à impressionner par l’esbroufe, mais par la justesse.

Par Ulysse Flowen

Dès l’arrivée, quelque chose se décale. On laisse la voiture, le bruit, le rythme dehors. Il faut emprunter un petit chemin, traverser le jardin, longer les plantes, les herbes, les légumes dont certains finiront dans l’assiette, avant de tomber sur cette grande maison à l’élégance tranquille. À l’intérieur, l’atmosphère est soignée sans être intimidante, cosy sans être molle, chaleureuse sans jamais forcer le trait. On s’y sent bien. Et c’est déjà beaucoup.

Car la Villa9trois n’est pas seulement un restaurant étoilé à Montreuil. C’est une parenthèse. Un lieu où le temps semble ralentir, où la lumière entre doucement, où le parc arboré oppose à la frénésie urbaine une forme de paix délicate. Une pause. Presque une respiration.

C’est dans ce décor inattendu que le chef Sylvain Grosjean écrit aujourd’hui une nouvelle page de la maison. Sa cuisine regarde vers le Sud, vers les calanques, vers cette Provence côtière où l’eau étincelle les jours de printemps et où la chaleur des pinèdes semble encore vibrer dans l’air. Elle n’est pas méditerranéenne par folklore, ni provençale par facilité. Elle l’est par mémoire, par sensation, par construction intime.

Il y a chez lui des souvenirs d’enfance qui deviennent matière culinaire. Les oursins dégustés sur le bateau du grand-père. Les sardines posées sur un pain grillé, relevées simplement d’un trait de citron et d’une pointe d’harissa. Un clin d’œil aux origines pieds-noirs paternelles, que le chef mêle à une autre branche familiale, plus bourgeoise, plus classique : celle des poulets aux morilles, du homard, des soles meunières. De cette double filiation naît une cuisine à la fois solaire et précise, populaire dans ses évocations, savante dans son exécution.

La fibre végétale y occupe une place essentielle. Les légumes ne sont pas là pour accompagner poliment une assiette : ils portent le récit, structurent les goûts, prolongent le jardin jusque dans la salle. Ils se font anchoïade, tension saline, profondeur aromatique. Plus loin, la sériole, le homard, la bisque infusée au romarin nous ramènent vers la Méditerranée, mais une Méditerranée tenue, élégante, débarrassée de tout cliché. Ici, le Sud ne crie pas. Il infuse.

Le parcours du chef explique sans doute cette rigueur. Sylvain Grosjean est passé par les cuisines de Bernard Pacaud à L’Ambroisie, avant de poursuivre sa route à l’Apicius, sous la direction de Mathieu Pacaud, qui perçoit très vite le langage culinaire de celui qui n’est alors que second. Une école du geste, de la précision, de la retenue. Mais aussi une trajectoire personnelle, qui lui permet aujourd’hui d’être pleinement premier.

À la Villa9trois, il ne s’agit donc pas seulement de venir dîner dans un restaurant étoilé. Il s’agit de découvrir une adresse rare, capable de faire naître un territoire imaginaire entre Montreuil et Marseille, entre jardin francilien et rivage méditerranéen, entre souvenirs familiaux et haute gastronomie. Un lieu improbable, oui. Mais peut-être est-ce précisément ce qui le rend si désirable.

Villa9Trois – Restaurant gastronomique
71 Rue Hoche, 93100 Montreuil
01 48 58 17 37
https://www.instagram.com/villa9trois/
Ouvert du mercredi au dimanche, de 12h à 15h30 puis de 19h à 23h30

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