Choose France : les coulisses avant le grand show

Emmanuel Macron recycle une idée qui marche. Après les châteaux, les ministères et les dorures de la République, place aux chaînes de production. Les 30 et 31 mai prochains, des entreprises ouvriront leurs portes au grand public dans toute la France, juste avant le sommet Choose France du 1er juin. L’objectif est limpide : montrer l’industrie, la rendre visible, presque désirable. Une sorte de Journées du patrimoine, mais version acier, lithium et logistique.

Le président l’assume : il s’agit de faire comprendre “l’importance de l’industrie et de la force de ces projets” aux Français. Traduction : rendre tangible une politique de réindustrialisation souvent abstraite. Derrière les annonces d’investissements (20 milliards en 2025) il faut désormais du concret, du terrain, des visages. Et des visiteurs.

Le patrimoine, sans les moulures

Le parallèle avec les Journées du patrimoine n’est pas un hasard. Depuis quarante ans, l’événement fonctionne comme une machine bien huilée : ouverture exceptionnelle, gratuité, curiosité, et sentiment d’accéder à quelque chose de normalement fermé. Macron applique la même recette à l’industrie.

Sauf que le décor change. Ici, pas de salons Louis XV ni de tapisseries restaurées. À la place : des lignes de production, des machines, des sites parfois méconnus — voire invisibles — du grand public. Le message est politique : l’usine devient un objet culturel. Elle mérite d’être visitée, regardée, comprise.

Ce déplacement est stratégique. Dans une France où l’industrie a longtemps été associée au déclin, à la désindustrialisation et aux fermetures de sites, il s’agit de renverser le récit. Montrer des entreprises qui recrutent, investissent, innovent. Faire de la production un spectacle.

Une opération séduction avant Versailles

Le timing n’est pas neutre. Ces journées précèdent directement Choose France, le grand raout de Versailles où le président reçoit investisseurs étrangers et grands patrons. Autrement dit, on prépare le terrain.

Côté international, on vend une France attractive. Côté national, on montre aux citoyens ce que cette attractivité produit concrètement. Une double narration, parfaitement calibrée.

Les entreprises participantes, sur la base du volontariat, deviennent les vitrines de cette stratégie. Elles ouvrent leurs portes, racontent leur activité, exposent leurs projets. Une forme de storytelling industriel, où chaque site devient une preuve.

L’Élysée espère en faire “une longue série”, sur le modèle des Journées du patrimoine. Une manière d’inscrire l’initiative dans le temps, au-delà du mandat présidentiel. Si l’événement prend, il pourrait devenir un rituel. Une nouvelle date dans le calendrier républicain.

Le pari n’est pas anodin. Transformer l’industrie en objet de visite suppose qu’elle soit montrable — propre, moderne, rassurante. L’image compte autant que la réalité. À défaut de patrimoine historique, il faut produire du patrimoine contemporain.

Reste à voir si le public suivra. Les Français aiment les coulisses, mais encore faut-il qu’elles racontent quelque chose. Entre curiosité sincère et opération de communication, la frontière est fine.

Une chose est sûre : après avoir ouvert les palais, Macron ouvre les usines. Et dans cette mise en scène, le pouvoir ne montre pas seulement ce qu’il est. Il montre ce qu’il veut être.

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