Law Roach devient le styliste de Kim Kardashian 

« New client 💕 ». Deux mots, un cœur rose en émoji, et voilà que tout le petit monde de la mode s’agite comme une volée de moineaux devant une miette de pain. Law Roach, l’homme que l’on surnomme « l’architecte de l’image », a annoncé ce week-end que Kim Kardashian figurait désormais parmi ses clientes, officialisant une collaboration que les initiés avaient flairée dès le 19 septembre, lors du gala d’ouverture du Lucas Museum of Narrative Art à Los Angeles. Une robe du soir à col montant, noire, constellée de sequins dorés, signée Yves Saint Laurent de la grande époque Tom Ford, collection automne-hiver 2004, et déjà l’assurance tranquille d’un styliste qui sait parfaitement ce qu’il fait. Car il y a dans cette simple annonce une petite comédie de la mode qui mérite d’être savourée à sa juste valeur : celle d’un professionnel qui, un an plus tôt, raillait publiquement la marque de la dame, et qui se retrouve désormais à habiller son corps comme on met en scène une statue.

Law Roach, le styliste de Zendaya, s’occupe désormais de Kim Kardashian

Il faut mesurer ce que représente Law Roach dans le paysage : un homme de 48 ans, d’origine modeste, qui s’est élevé à coups de flair, de culture encyclopédique et de répartie mordante jusqu’à devenir le styliste le plus courtisé de sa génération. Sa gloire, il la doit avant tout à Zendaya, dont il sculpte l’image depuis ses jeunes années, transformant une actrice adolescente de sitcom en icône absolue des tapis rouges, capable de ressusciter des pièces d’archive que personne d’autre n’aurait osé exhumer. Ce compagnonnage, dont les observateurs s’accordent à dire qu’il a redéfini les codes du stylisme de célébrité, l’a hissé au rang de faiseur d’images, de raconteur d’histoires par vêtements interposés. Alors, quand cet homme-là déclare prendre sous son aile celle qui fut, pendant des années, l’incarnation même de la mode calibrée pour le selfie, jusqu’à son goût très particulier pour les pièces d’archive, quitte à se frotter aux intégrales les plus audacieuses, on comprend que le lendemain ne sera pas tout à fait comme la veille. Le duo a quelque chose de la rencontre entre deux monstres qui ne se dévoraient pas : l’un manie le concept, l’autre la silhouette, et le mélange promet monts et merveilles, ou du moins un tapis rouge de plus à commenter sur les réseaux.

Une collaboration qui divise la mode après les critiques passées du styliste

Car c’est bien là que le bât blesse, et que le sel de l’affaire se révèle. Il y a à peine plus d’un an, Law Roach se moquait ouvertement, et publiquement, sur ses réseaux sociaux, sans retenue aucune, de la publicité SKIMS mettant en scène un sous-vêtement à faux poils pubiens, cette trouvaille marketing qui avait fait couler tant d’encre. Le voilà donc aujourd’hui au service de la même dame, qu’il habille avec un flegme olympien. La roue tourne, les vannes s’oublient, et l’on ne résiste guère au prestige d’une nouvelle cliente aussi puissante qu’exposée. La profession, qui adore se déchirer à coups de principes et de fidélités feintes, n’a pas tardé à poser la question qui fâche : Law Roach s’est-il vendu ? N’a-t-il pas été promu d’un coup d’un seul à la solde du commerce de masse, lui qui fut le héraut d’une mode plus aristocratique ? De l’ASOS à Lauren Sánchez Bezos, en passant par le tapis rouge des Kardashian, l’homme élargit son registre, et certains crient à la compromission avec la délectation des puristes qui n’ont jamais rien signé d’autre qu’un avis sur Twitter. Aux États-Unis, en revanche, l’enthousiasme domine : Kim, connue pour son goût du risque et ses plongées dans les archives, tombe entre les mains d’un fin connaisseur qui saura la sublimer, et l’on parie déjà sur les apparitions à venir avec cette gourmandise un peu voyeuriste qui fait la joie des chroniqueurs.

En réalité, cette alliance dit quelque chose d’important sur l’évolution du métier de styliste de célébrité : il ne s’agit plus simplement d’habiller un corps, mais de fabriquer un récit, de surligner une identité, de raconter une trajectoire. Zendaya incarnait la jeunesse qui se cherche et se dépasse ; Kim Kardashian, elle, représente trente ans de récit médiatique, une hypervisibilité assumée, un pouvoir de prescription que nul ne saurait contester. Confier l’une à l’autre, n’est-ce pas précisément reconnaître que l’image, aujourd’hui, vaut mieux que le vêtement, que la mise en scène l’emporte sur la pièce, et que le tapis rouge n’est plus un défilé mais un studio de production permanent ? Law Roach, en acceptant la main qui s’était moquée de lui, ne signe pas sa capitulation : il signe son passage à la maturité d’un métier où les principes s’effacent devant l’influence. Et si un jour les tenues de Kim redeviennent sublimes, tout le monde aura beau jeu d’affirmer qu’on s’en doutait depuis le premier émoji.

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