Glenn Martens quitte son poste de directeur de la création chez Diesel 

Il y a des séparations qui ressemblent à des ruptures amoureuses et d’autres qui tiennent du simple ajustement d’agenda. Celle-ci appartient à la seconde espèce, la plus confortable, la plus civilisée, celle où l’on se quitte en se congratulant et où les communiqués pleuvent comme des faire-part de mariage. Glenn Martens, le Belge qui avait transformé Diesel en machine à scandales stylistiques depuis 2020, s’en va. Six ans de bons et loyaux services, une poignée de défilés gargantuesques, un jeans froissé comme un manifeste, et voilà que le rideau tombe, non sans une certaine élégance, puisqu’il tire sa révérence avec la collection printemps-été 2027, présentée le 22 septembre, en ouverture de la Fashion Week milanaise. On ne part pas en claquant la porte : on s’en va par la grande, en planifiant son adieu pour qu’il produise le maximum d’effet.

Glenn Martens quitte Diesel après six ans de règne créatif

L’histoire, dans les annales de la mode contemporaine, mérite d’être contée. 2020 : Renzo Rosso, fondateur de Diesel et chairman d’OTB Group, le choisit pour reprendre les rênes créatives d’une marque alors engluée dans le cliché du blouson de motard et du jeans taille basse. Le garçon, Lillois d’adoption, passé par Y/Project où il s’était taillé une réputation d’accoucheur de volumes impossibles, débarque avec sa panoplie d’anticonformiste et sa manière bien à lui de traiter le denim comme une matière noble à tordre, laver, délaver jusqu’à l’os. Il part de loin : le vêtement Diesel, alors, c’est le fond de rayon d’un centre commercial. Il en fait, à coups de campagnes tapageuses et de castings délibérément antimodels, une proposition presque politique, où la jeunesse devient le sujet du luxe, où la nudité assumée et le corps abîmé racontent autre chose que la perfection de catalogue. « La contribution de Glenn Martens à Diesel a été extraordinaire », a déclaré Renzo Rosso dans le communiqué, avec cette solennité qu’on réserve aux enterrements de bonne tenue et aux contrats négociés en amont. Traduisons : merci pour le boulot, mais chacun reprend sa vie.

Glenn Martens reste chez Maison Margiela, pas de renoncement créatif

Car il n’y a là, au fond, aucun drame : Martens ne disparaît pas, il se réorganise. Depuis janvier 2025, il cumule sa casquette dieselienne avec la direction artistique de Maison Margiela, l’une des marques du même groupe OTB, où il a succédé à John Galliano. Et devenir le patron créatif de Margiela après avoir réanimé Diesel, c’est très exactement l’étoile montante qui illumine tout un conglomérat : le gendre idéal d’un empire familial qui veut conjuguer la respectabilité d’une maison de couture et la fringale commerciale d’un label de masse. Le casse-tête, c’est que personne ne peut servir deux maîtres à ce niveau de folie créatrice sans finir par s’y perdre, et la rumeur d’un épuisement circulait depuis des mois dans les couloirs milanais. Le départ de Diesel, dès lors, se lit comme la saine délimitation d’un terrain : un seul poste, une seule obsession, une attention enfin entière. Reste que la suite, pour Diesel, est une page blanche. Aucun successeur n’a été annoncé, le prochain chapitre de la direction créative, précise le groupe, sera dévoilé « en temps voulu », et l’on imagine les équipes travaillant déjà à brosser le portrait du remplaçant.

Ce que cette passation révèle, en filigrane, c’est la fragilité intrinsèque du modèle de la « marque-désigner » : un label qui se remet entre les mains d’un créateur-vedette flambe un temps, puis retombe comme un soufflé dès que l’élu s’en va, épuisé ou promu ailleurs. Diesel a gagné une décennie de désirabilité grâce à Martens, mais qu’en restera-t-il une fois l’oracle parti vers sa nouvelle chapelle dorée ? Le vestiaire qui continue de défiler, les campagnes qui continuent de fleurir, les collaborateurs qui reprennent la barre : tout cela survivra sans doute, porté par la mécanique impersonnelle du marketing et de la gestion de marque. Mais la petite secousse créative qui faisait de Diesel autre chose qu’un jeans sur une étagère, cette étincelle menaçante, cette impertinence de mauvais garçon, elle ne suivra peut-être pas les boxeurs que l’on plie dans les cartons. Les changements de garde, en mode comme en amour, laissent souvent derrière eux deux personnes qui se regardent avec des souvenirs plein les poches et aucune idée de la suite. Le rideau tombera le 22 septembre ; il tombera bien drapé.

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