Robotaxis, intelligence artificielle embarquée, conduite automatisée, robot humanoïde et véhicules volants : à Munich, XPENG n’est pas venu uniquement présenter sa nouvelle L03. Le constructeur chinois a exposé une vision beaucoup plus vaste dans laquelle la voiture devient l’un des éléments d’un écosystème d’intelligence artificielle appliquée au monde physique. Une ambition qui en dit long sur la prochaine bataille de l’industrie automobile.

Munich, juillet 2026. Sur scène, une automobile occupe naturellement une place centrale : la nouvelle XPENG L03. Mais à mesure que la présentation avance, une évidence s’impose. La voiture n’est qu’une partie de l’histoire. Autour d’elle apparaissent la conduite automatisée, les Robotaxis, la robotique humanoïde et même les véhicules volants. XPENG donne un nom à cette convergence : Physical AI, l’intelligence artificielle physique.
Derrière cette expression se cache l’une des mutations les plus intéressantes de l’industrie automobile contemporaine : l’intelligence artificielle quitte progressivement l’univers immatériel des écrans pour observer le monde réel, l’interpréter et agir à l’intérieur de celui-ci. Et la voiture constitue probablement l’un des laboratoires les plus exigeants de cette révolution.
De constructeur automobile à entreprise de Physical AI
Fondé en 2014, XPENG s’est d’abord construit autour du véhicule électrique intelligent. La société développe en interne une partie importante de ses technologies : systèmes avancés d’aide à la conduite, système d’exploitation embarqué, chaîne de traction ou encore architecture électrique et électronique. Mais sa vision s’étend désormais largement au-delà de l’automobile.
À Munich, son président-directeur général He Xiaopeng l’a résumé en expliquant que XPENG construisait désormais une entreprise de « Physical AI », avec l’ambition d’utiliser la technologie pour transformer la manière dont les individus se déplacent et vivent. Derrière le discours institutionnel se dessine une stratégie industrielle cohérente : développer une intelligence artificielle suffisamment générale pour être utilisée par différents objets capables d’évoluer dans le monde réel. Voitures particulières aujourd’hui. Robotaxis demain. Robots humanoïdes et véhicules volants ensuite.
VLA 2.0 : apprendre à la machine à regarder avant d’agir
Le cœur de cette stratégie est le modèle VLA 2.0, pour Vision-Language-Action. XPENG l’avait dévoilé dans sa deuxième génération en novembre 2025 avant d’en commencer le déploiement à grande échelle en Chine en mars 2026 sous la marque NGP, Next Generation Pilot. L’approche technique revendiquée par XPENG est particulièrement intéressante.
Le modèle fonctionne selon une logique « Vision-to-Action » de bout en bout et s’appuie sur une approche de vision pure, sans nécessité de cartes HD ou de lidar selon le constructeur. Les actions réalisées par les conducteurs servent elles-mêmes de signaux de supervision, permettant à XPENG d’éviter une partie du travail manuel d’annotation des données. La marque associe également VLA à un « World Model » : schématiquement, le premier apprend comment agir tandis que le second cherche à modéliser la manière dont l’environnement répond à cette action.
Cette architecture est importante pour une autre raison : XPENG affirme qu’un même socle technologique peut être appliqué à une voiture particulière, un Robotaxi, un robot humanoïde ou un véhicule volant. C’est là que la notion de Physical AI prend tout son sens.

Munich comme laboratoire européen
Deux jours avant le lancement de la L03, He Xiaopeng et Liu Xianming, responsable du General Intelligence Center de XPENG, ont parcouru les rues de Munich à bord de véhicules de test afin d’évaluer l’adaptation de NGP/VLA 2.0 aux conditions européennes. Le véhicule utilisé était précisément la nouvelle L03. Le défi est considérable. Une intelligence de conduite conçue en Chine ne peut pas simplement être transposée en Europe comme on installe une nouvelle version d’un logiciel. Elle doit comprendre un environnement routier différent. XPENG explique ainsi avoir travaillé sur trois niveaux : la gestion des usagers vulnérables, piétons, cyclistes, trottinettes électriques, la reconnaissance de signalisations variables d’un pays européen à l’autre et enfin des comportements moins explicitement codifiés, à l’image de certaines règles de priorité.
Lors des essais munichois, le système a été confronté à des rues étroites à double sens, des déviations liées à des travaux, des ronds-points serrés ou encore des changements de voie anticipés pour contourner des véhicules stationnés. C’est une étape fondamentale : une voiture automatisée destinée à devenir mondiale doit apprendre les cultures de conduite locales.
2027, l’année visée pour l’Europe
Le calendrier annoncé par XPENG est désormais relativement clair. L’année 2026 doit servir à la préparation technique et produit. La marque vise 2027 pour commencer le déploiement international de NGP/VLA 2.0, dans les régions où le cadre réglementaire le permettra. He Xiaopeng s’est montré particulièrement confiant à Munich, affirmant viser le déploiement des capacités complètes du système dès le début de 2027, sous réserve des réglementations applicables. Cette réserve réglementaire est capitale.
L’automobile intelligente évolue désormais à deux vitesses : celle, extrêmement rapide, de la technologie et celle, nécessairement plus prudente, de la réglementation. XPENG souligne à cet égard l’évolution du cadre des Nations unies, notamment autour de l’UNR 171 concernant les systèmes d’assistance avancée et des travaux réglementaires relatifs à la conduite automatisée de niveaux supérieurs.
Des chiffres chinois qui expliquent cette confiance
En Chine, XPENG affirme que l’utilisation de son système a rapidement changé les habitudes de ses clients.Durant le premier mois suivant le déploiement de VLA 2.0, plus de la moitié des kilomètres parcourus par les véhicules compatibles auraient été réalisés avec NGP activé. XPENG fait également état d’un taux d’engagement de 96,97 %, d’une baisse mensuelle de 25,87 % des interventions du conducteur par tranche de 100 kilomètres et d’une diminution de 35,96 % des reprises en main sur routes étroites.
Ces chiffres sont ceux communiqués par le constructeur et devront naturellement être confrontés à des évaluations indépendantes au fur et à mesure du déploiement international. Mais ils expliquent l’assurance avec laquelle XPENG aborde désormais l’Europe.
Trois puces et 2 250 TOPS dans une automobile
Pour faire fonctionner cette nouvelle génération d’intelligence embarquée, XPENG développe également ses propres composants. Sa puce Turing AI revendique 750 TOPS de puissance de calcul effective. Une configuration Ultra dotée de trois puces peut donc atteindre 2 250 TOPS.
La L03 Ultra constitue précisément l’une des premières vitrines internationales de cette architecture. Cette intégration verticale devient l’un des enjeux majeurs de l’industrie. Maîtriser simultanément la voiture, son architecture électronique, ses puces et ses modèles d’intelligence artificielle permet théoriquement de réduire les dépendances et d’accélérer le développement. XPENG n’est d’ailleurs plus seul dans cette aventure.
Volkswagen, partenaire autant que symbole
La relation avec Volkswagen illustre le changement de rapport de force qui s’opère dans l’industrie automobile. Selon XPENG, Volkswagen a choisi l’entreprise chinoise comme partenaire technologique stratégique après avoir évalué différents constructeurs électriques chinois et pris une participation dans la société.
Les deux groupes travaillent désormais sur plusieurs véhicules codéveloppés. XPENG indique également avoir ouvert à Volkswagen sa propre architecture électrique/électronique et présente le groupe allemand comme partenaire stratégique de lancement pour certaines de ses technologies VLA et Turing. Le symbole est puissant. Pendant des décennies, les constructeurs chinois se sont inspirés du savoir-faire industriel occidental. Aujourd’hui, l’un des plus grands groupes automobiles européens vient chercher en Chine certaines briques technologiques nécessaires à sa transformation numérique.
Le Robotaxi comme prochaine étape
La même architecture VLA 2.0 doit également alimenter le programme Robotaxi de XPENG. La marque affirme qu’un véhicule de série capable de conduite autonome de niveau L4 est déjà sorti de ses lignes et faisait l’objet d’essais internes auprès de ses employés en Chine en juillet 2026. La stratégie diffère toutefois de celle d’un opérateur de mobilité. XPENG explique vouloir fournir une solution intégrée associant matériel et logiciel, tandis que l’exploitation des flottes serait confiée à des partenaires. Un site de démonstration complet est en cours de développement à Guangzhou afin de présenter cet écosystème à de futurs partenaires. Autrement dit, XPENG ne souhaite pas nécessairement devenir le chauffeur. Il veut fournir le cerveau et la machine.
Après la voiture, le robot humanoïde
Cette phrase pourrait également s’appliquer à IRON. Le robot humanoïde de XPENG représente l’une des extensions les plus étonnantes de la stratégie Physical AI. Le constructeur prévoit son introduction sur les marchés internationaux à partir de 2027. À première vue, une automobile et un robot humanoïde appartiennent à deux industries différentes.
Pour une entreprise d’IA, la frontière est beaucoup moins évidente. Dans les deux cas, une machine doit observer son environnement, comprendre les informations qu’elle reçoit, prévoir l’évolution d’une situation puis accomplir une action physique appropriée. C’est précisément pourquoi XPENG insiste autant sur la polyvalence de son architecture VLA. Et le raisonnement s’étend jusqu’à une autre catégorie de machines : les véhicules volants.

De la route au ciel
La présence de véhicules volants dans la stratégie présentée à Munich pourrait sembler relever de la science-fiction. Elle révèle pourtant la logique industrielle poursuivie par XPENG.
Automobile, Robotaxi, robot et mobilité aérienne ne sont plus considérés comme quatre aventures technologiques totalement indépendantes. Ils deviennent quatre applications potentielles d’un même savoir-faire autour de l’intelligence artificielle, de la perception, du calcul et du contrôle des mouvements. Voilà probablement le message le plus important du rendez-vous munichois. La L03 est la nouveauté que les clients pourront acheter. Mais ce que XPENG présentait réellement à Munich était l’architecture intellectuelle de l’entreprise qu’il souhaite devenir.
« In Europe, For Europe »
Et l’Europe occupe une place centrale dans cette transformation. XPENG dispose désormais d’un centre indépendant de recherche et développement à Munich consacré notamment à l’adaptation locale de ses produits et technologies. La marque développe parallèlement son infrastructure de recharge et ses partenariats européens. Son slogan est explicite : « In Europe, For Europe ». La L03 constitue la manifestation commerciale de cette stratégie, mais les essais de NGP dans les rues de Munich en représentent peut-être la dimension la plus importante à long terme. Car la réussite européenne des nouveaux constructeurs chinois ne dépendra pas seulement de leur capacité à importer de bonnes automobiles. Elle dépendra de leur capacité à devenir, au moins en partie, européens.
La prochaine révolution automobile ne sera peut-être pas automobile
C’est finalement ce que Munich aura permis d’entrevoir. Pendant longtemps, l’automobile a été une industrie mécanique progressivement enrichie par l’électronique. Elle pourrait être en train de devenir une industrie de l’intelligence artificielle qui, accessoirement, construit des machines capables de se déplacer. Cette nuance change presque tout.
Elle explique pourquoi XPENG développe ses propres puces. Pourquoi l’entreprise investit dans les modèles d’IA. Pourquoi elle travaille simultanément sur une automobile, un Robotaxi, un humanoïde et des véhicules volants. Et pourquoi un constructeur comme Volkswagen s’intéresse à ses technologies. La question n’est donc plus seulement de savoir si XPENG peut vendre davantage de voitures en Europe.Elle est de savoir jusqu’où cette entreprise née il y a seulement douze ans peut aller dans la redéfinition de la mobilité. À Munich, la réponse n’a évidemment pas encore été donnée. Mais XPENG a clairement indiqué la direction. Après la voiture électrique, la prochaine révolution pourrait être celle de la voiture qui comprend le monde qui l’entoure.



