Peet Dullaert, l’élégance en mouvement

Créateur néerlandais installé à Paris, Peet Dullaert développe depuis plus d’une décennie une vision singulière de la mode, où la virtuosité du geste rencontre une conception résolument contemporaine du vêtement. Fondateur de sa maison éponyme en 2012, le couturier défend une élégance libre, construite autour du corps et du mouvement. Une approche aujourd’hui consacrée par le tout premier New Crafts Award, distinction née du partenariat entre Accor et la Fédération de la Haute Couture et de la Mode, dont Swissôtel accompagne le premier lauréat. Rencontre avec un créateur pour qui l’héritage n’a de sens que s’il continue à évoluer.

Par Audrey Férin

Peet Dullaert — Défilé Haute Couture, Paris, 9 juillet 2026

Il appartient à cette génération de créateurs qui ne considère pas le patrimoine de la mode comme un ensemble de codes intouchables. Chez Peet Dullaert, l’héritage est vivant. Il s’observe, se déconstruit, se transmet et surtout se transforme.

Néerlandais d’origine et installé à Paris, le designer fonde sa maison éponyme en 2012. La même année, son talent est distingué par le Frans Molenaar-prijs. Quatre ans plus tard, il est nommé pour l’International Woolmark Prize, reconnaissance internationale qui vient confirmer sa place parmi les créateurs à suivre.

Depuis, Peet Dullaert poursuit une écriture esthétique qui lui est propre, à la croisée de la Haute Couture, du design et d’une réflexion plus large sur la manière dont un vêtement peut habiter le corps.

Le corps avant le vêtement

Le travail de Peet Dullaert repose notamment sur une maîtrise particulière du drapé et du sur-mesure. Ses créations naissent d’un dialogue entre la matière et celle qui la porte : plutôt que de contraindre la silhouette, le vêtement semble chercher à en accompagner les gestes.

Le communiqué accompagnant sa récente distinction insiste précisément sur cette dimension de son travail : une approche artisanale dans laquelle les techniques de drapé permettent d’établir un rapport naturel entre la création et la personne qui la porte.

Cette notion de mouvement est fondamentale.

Car pour Peet Dullaert, la Haute Couture contemporaine ne peut ignorer l’évolution de la vie des femmes. La prouesse technique demeure essentielle, tout comme la préservation des métiers d’art et des gestes transmis au fil des générations. Mais l’exception ne devrait plus nécessairement signifier la contrainte.

La femme pour laquelle il dessine doit pouvoir bouger, voyager et vivre dans ses vêtements.

Peet Dullaert — Défilé Haute Couture, Paris, 9 juillet 2026

C’est une vision de la Couture dans laquelle le spectaculaire ne disparaît pas mais change de nature : la sophistication peut résider dans une construction extrêmement complexe dont la technicité, une fois le vêtement porté, devient presque invisible.

De Rembrandt à la Haute Couture : l’héritage en mouvement

Sa nouvelle collection illustre parfaitement cette philosophie.

Pour l’imaginer, Peet Dullaert s’est notamment intéressé aux portraits de Marten Soolmans et Oopjen Coppit peints par Rembrandt, aujourd’hui présentés au Louvre après leur acquisition conjointe par le musée parisien et le Rijksmuseum.

Mais le couturier ne cherche surtout pas à reproduire le XVIIe siècle.

Ce qui l’intéresse est ailleurs : dans la manière dont une époque laisse une trace et dans la capacité de chaque génération à construire sa propre définition de la beauté.

La référence historique devient ainsi le point de départ d’une réflexion sur notre présent.

Comment préserver un patrimoine sans le figer ? Comment faire vivre des gestes ancestraux dans des vêtements destinés aux femmes d’aujourd’hui ? Et finalement, quel portrait notre propre génération laissera-t-elle derrière elle ?

Des questions auxquelles Peet Dullaert répond à travers une Couture qui conjugue héritage et innovation.

Rencontre avec Peet Dullaert

Votre travail est reconnu pour son élégance intemporelle et sa remarquable sensibilité. Où trouvez-vous aujourd’hui votre inspiration ?

Peet Dullaert : « Je trouve mon inspiration là où l’Histoire rencontre la vie contemporaine. Pour cette collection, tout a commencé avec les portraits de Marten Soolmans et Oopjen Coppit peints par Rembrandt, actuellement présentés au Louvre après leur acquisition conjointe par le Louvre et le Rijksmuseum.

Ce qui m’inspire n’est pas la nostalgie, mais l’idée que chaque génération redéfinit la beauté à travers son propre savoir-faire, ses innovations et ses valeurs. La Couture ne devrait jamais imiter l’Histoire : elle devrait la poursuivre. »

Quelle histoire ou quelle émotion souhaitiez-vous transmettre à travers cette nouvelle collection ?

Peet Dullaert : « Je souhaitais exprimer une idée de continuité. Chaque génération laisse derrière elle son propre portrait, non seulement à travers les peintures, mais aussi à travers les personnes qui façonnent leur époque.

La Couture devient un portrait vivant, en mouvement, porté par les femmes qui la portent. Cette collection parle d’une confiance tranquille, d’individualité et de la responsabilité que nous partageons tous dans la préservation du patrimoine culturel, en lui permettant d’évoluer plutôt qu’en le maintenant figé dans le passé. »

Comment pensez-vous que la Haute Couture évolue pour répondre aux attentes des femmes d’aujourd’hui ?

Peet Dullaert : « Les femmes d’aujourd’hui attendent de la Couture qu’elle accompagne leur vie plutôt qu’elle ne la leur dicte.

Le luxe se trouve aujourd’hui dans la liberté de mouvement, dans un savoir-faire exceptionnel et dans des vêtements dont la sensation lorsqu’on les porte est aussi extraordinaire que leur apparence.

La Haute Couture demeure l’expression la plus élevée du savoir-faire, mais elle doit également répondre aux réalités contemporaines. Pour moi, l’innovation consiste à créer des vêtements qui préservent des siècles de savoir-faire tout en permettant aux femmes de bouger, de voyager et de vivre naturellement lorsqu’elles les portent. »

Si vous deviez décrire cette collection en seulement trois mots, lesquels choisiriez-vous ?

Peet Dullaert : « Héritage. Mouvement. Réinvention. »

Peet Dullaert, premier lauréat des New Crafts Awards

Cette recherche autour du geste, de la matière et de la transmission trouve aujourd’hui un nouveau terrain d’expression.

En juillet 2026, Swissôtel a annoncé la désignation de Peet Dullaert comme premier lauréat des New Crafts Awards, une nouvelle distinction consacrée au design et née dans le cadre du partenariat stratégique entre Accor et la Fédération de la Haute Couture et de la Mode (FHCM).

À travers ce programme, l’ambition dépasse la seule récompense.

Guidé par sa philosophie « Crafting Pure Living », Swissôtel présente les New Crafts Awards comme une plateforme destinée à mettre en lumière des designers dont le travail réunit précision, intention créative et savoir-faire durable.

Le processus de sélection témoigne de l’ampleur du projet. 80 marques émergentes ont d’abord été invitées à candidater à travers le programme SPHERE de la FHCM. Cinq finalistes ont ensuite été retenus, avant qu’un jury réunissant des professionnels du secteur ainsi que des représentants d’Accor et de la FHCM ne choisisse Peet Dullaert comme tout premier lauréat.

Une distinction particulièrement cohérente avec le parcours du créateur, dont l’univers ne s’arrête justement pas aux frontières du vêtement.

De la Couture à l’hospitalité : un dialogue avec Swissôtel

C’est en effet une proposition de design d’objet de Peet Dullaert qui a particulièrement retenu l’attention du comité de sélection de Swissôtel.

Pensée comme une pièce sculpturale centrale, la création évoque, selon le communiqué, le calme, la précision et une forme de poésie discrète inspirée par la nature.

Elle rejoint ainsi les principes que Swissôtel souhaite associer à son identité : la précision suisse, la pureté de l’art de vivre et la recherche d’une harmonie entre la forme et la fonction.

L’objet n’a pas seulement vocation à être contemplé. Il est imaginé pour agir sur l’espace qui l’accueille, le transformer et participer à l’expérience des hôtes par sa présence même. Une démarche dans laquelle on retrouve les préoccupations qui traversent le travail de mode du couturier : une élégance qui naît de l’équilibre, de la précision et du geste plutôt que de l’ornement pour lui-même.

Le New Crafts Award devient ainsi le point de départ d’une collaboration plus large.

Au cours des prochains mois, Swissôtel et Peet Dullaert doivent travailler ensemble afin d’étudier la manière dont une nouvelle interprétation de cette proposition pourrait prendre vie au sein des établissements de la marque.

C’est ici que le partenariat devient particulièrement intéressant : la Couture, le design et l’hospitalité cessent d’être envisagés comme trois univers hermétiques.

Ils se rejoignent autour d’une même interrogation : comment le savoir-faire peut-il transformer une expérience ?

Dans un vêtement, cela passe par la matière, la coupe et la relation au corps. Dans un hôtel, par l’architecture, le mobilier, les objets, les sensations et l’attention portée aux détails.

Benoît Racle, Global Premium Brands President de Swissôtel, souligne justement cette proximité entre les deux univers. Pour la marque, le véritable savoir-faire se révèle dans le soin, la précision et l’intention placés derrière chaque expérience ; des qualités qu’elle dit retrouver dans le travail de Peet Dullaert.

Accor et la FHCM, une passerelle entre création et art de vivre

Derrière cette première édition des New Crafts Awards se dessine également une ambition plus vaste : celle du rapprochement entre l’univers de l’hospitalité et celui de la création de mode.

Le prix s’inscrit en effet dans le partenariat stratégique noué entre Accor et la Fédération de la Haute Couture et de la Mode, institution réunissant des maisons françaises et internationales.

Avec Peet Dullaert comme premier lauréat, ce dialogue prend une forme concrète.

Le designer pourra explorer la façon dont son langage créatif peut quitter momentanément le vêtement pour entrer dans un espace, dialoguer avec l’architecture et participer à une expérience d’hospitalité.

De son côté, Peet Dullaert voit dans cette récompense bien davantage qu’une distinction.

Il évoque le New Crafts Award comme un honneur mais surtout comme l’ouverture d’un dialogue créatif avec Accor et Swissôtel, autour d’un engagement commun envers la précision et l’harmonie du design. Son ambition est désormais d’explorer la manière dont ces valeurs pourront se traduire dans l’univers de l’hospitalité.

Un nouveau territoire pour Peet Dullaert

Cette rencontre entre Couture, design et art de vivre paraît finalement être le prolongement naturel de son travail.

Car depuis ses premières collections, Peet Dullaert semble poursuivre la même idée : le beau ne devrait jamais être dissocié de la manière dont nous vivons.

Peet Dullaert — Défilé Haute Couture, Paris, 9 juillet 2026

Ses vêtements sont conçus pour accompagner le mouvement. Son approche du drapé privilégie la relation entre le corps et la matière. Sa nouvelle collection interroge la façon dont nous pouvons transmettre un patrimoine en continuant à le transformer. Et son rapprochement avec Swissôtel lui permet désormais d’appliquer cette réflexion à un tout autre territoire : celui de l’espace et de l’hospitalité.

Peet Dullaert ne choisit donc pas entre tradition et modernité.

Il cherche précisément le point où elles peuvent se rencontrer.

Et les trois mots qu’il utilise pour définir sa collection pourraient finalement résumer beaucoup plus largement son travail :

Héritage. Mouvement. Réinvention.

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