Les lettres érotiques de… Bonaparte, Maupassant, Mozart…

Un recueil de lettres érotiques nous offre un coup d’œil indiscret sur la vie sexuelle des grands de l’histoire littéraire… Voire des grands de l’histoire tout court.

“Que je serais heureux si je pouvais assister à l’aimable toilette, petite épaule, un petit sein blanc, élastique, bien ferme.” Bonaparte à Joséphine.

Cela tout simplement grâce aux éditions Le Robert (oui oui, ce même Robert qui fait des dictionnaires depuis plus d’un demi-siècle maintenant) et qui s’encanaillent avec cette collection nommée “Mots Intimes” : des ouvrages de poche très Lui, joyeux et égrillards, fort bien édités (papier épais-qui-sent-bon, contextualisations pleines d’infos, lexiques historiques) et dont trois premiers ouvrages, dirigés par Agnès Pierron et coédités par le site très recommandable Des Lettres, sont sorties en librairie : Lettres d’amour, Lettres de rupture et Lettres érotiques.
C’est évidemment ce dernier que nous vous invitons à découvrir. Plongeant tout de suite dans la correspondance intime de…

Bonaparte à Joséphine

Je vais me coucher, ma petite Joséphine, le cœur plein de ton adorable image, et navré de rester tant de temps loin de toi ; mais j’espère que, dans quelques jours, je serai plus heureux et que je pourrai à mon aise te donner des preuves de l’amour ardent que tu m’as inspiré.

Tu ne m’écris plus ; tu ne penses plus à ton bon ami, cruelle femme ! Ne sais-tu pas que sans toi, sans ton cœur, sans ton amour, il n’est pour ton mari ni bonheur, ni vie. Bon Dieu ! Que je serais heureux si je pouvais assister à l’aimable toilette, petite épaule, un petit sein blanc, élastique, bien ferme ; par-dessus cela, une petite mine avec le mouchoir à la créole, à croquer. Tu sais bien que je n’oublie pas les petites visites ; tu sais bien, la petite forêt noire. Je lui donne mille baisers et j’attends avec impatience le moment d’y être. Tout à toi, la vie, le bonheur, le plaisir ne sont que ce que tu les fais. Vivre dans une Joséphine, c’est vivre dans l’Élysée.

Baiser à la bouche, aux yeux, sur l’épaule, au sein, partout, partout !

Bonaparte

Guy De Maupassant à Gisèle d’Estoc

Ma chère amie,

Il faut absolument que vous veniez dîner chez moi vendredi. Vous y trouverez Catulle Mendès, plus une jeune et jolie femme, son amie, ravagée par des désirs féminins… elle n’en dort plus… et n’a jamais…

Mais par Lesbos, ne soyez pas aussi (comment dirai-je)… prompte qu’avec celle de l’Opéra. Du moment que vous jouez un rôle d’homme, soyez homme, morbleu, et réservé en public ! Hel… qui ne demandait pas mieux, comme vous avez pu le voir d’abord a reculé ensuite devant votre… violence. Comment avez-vous pu être aussi entrepreneure devant ces hommes qui ont raconté partout la chose,de sorte que l’amant d’Hel… prévenu a parlé moral et l’a reconquise. Celle de vendredi est une innocente, mais une innocente toute prête à tomber – mariée – posée. Et ce désir bouillonne en elle tellement qu’à ses heures d’amour elle crie à son amant : “une femme, une femme, donne-moi une femme !” Voilà qui peut être adorable.

Quant à moi depuis trois semaines, je vis maritalement avec une douzaine de sangsues qui ne me quittent guère. J’ai migraine sur migraine, et je vis chaste, étant écoeuré par l’amour. Mon médecin me crie : “Des femmes !” J’aime mieux des sangsues. Je trouve décidément bien monotones les organes à plaisir, ces trous malpropres dont la véritable fonction consiste à remplir les fosses d’aisance et à suffoquer les fosses nasales. L’idée de me déshabiller pour faire ce petit mouvement ridicule me navre et me fait d’avance bâiller d’ennui. Je reste stupéfait en voyant des gens prendre des airs exaltés parce qu’ils se passent un peu de crachat, d’une bouche dans l’autre, avec la pointe de leur langue. Tout ça m’embête. Un mot s’il vous plaît ! Mais venez vendredi. Inventez n’importe quel prétexte. Jamais, jamais, vous ne retrouverez cela !!!!

Mille baisers.

Guy de Maupassant.

Gisèle d’Estoc à Guy de Maupassant

Mon amant,

Depuis quelques jours j’ai une idée folle, une idée de printemps, une idée d’amour. Aller nous aimer quelque part, en pleine nature.

Te souviens-tu de cette véritable alcôve de verdure que nous avions près de Bezons, découverte en remontant la Seine ? Au fond, j’ai toujours eu horreur de faire l’amour dans une chambre, dans un lit, comme tout le monde. Je trouve cela affreusement banal et bourgeois et je suis obligée d’étouffer ces crises qui augmentent encore mon plaisir. J’ai toujours rêvé de faire l’amour un jour d’été en pleine campagne, couchés dans les hautes herbes, avec les odeurs de la terre, le bruit des insectes. On doit avoir vraiment l’impression de faire partie du soleil, de la terre et du vent. L’homme capable de comprendre mon désir m’a toujours manqué. Mais toi, Guy, le vrai faune, ne voudrais-tu pas partager mes sensations ? Ne sais-tu pas que je suis ta sœur en désirs “interdits” ?

Gisèle

Wolfgang Amadeus Mozart à Constance.

Les passages signalés entre crochets ont été perdus dans la tentative de destruction de cette lettre par le second époux de Constance.

Très chère, excellente, précieuse petite femme !

Le 1er juin, je dormirai à Prague, et le 4 — le 4 ? — auprès de ma petite femme chérie ; prépare bien proprement ton si joli petit nid chéri, car mon petit coquin le mérite, en vérité ; il s’est fort bien conduit et ne souhaite rien plus que de posséder ton ravissant.

Imaginez le vêtement qui, pendant que j’écris cela, se faufile sur la table et me questionne, et moi, franchement, je lui donne une sèche pichenette — mais le gars n’est que. Et maintenant, le chenapan brûle encore plus et ne se laisse presque pas dompter.

J’espère que tu viendras au-devant de moi à la première poste ? — J’y arriverai le 4 à midi ;

Adieu donc — je t’embrasse des millions de fois et suis à jamais
Ton époux très fidèle

W.A. Mozart

Anatole France à Madame de Caillavet

Ta lettre de ce matin, ma chérie, celle que tu as écrite mercredi, a été pour moi la lumière et la joie. Oui, je sens que tu m’aimes. Elle a dissipé, cette lettre adorable, toutes les ombres et tous les nuages. Tu m’aimes, je suis heureux. Jamais je n’avais vécu si intimement avec ton image, o ma bien aimée, que durant ces douze longs jours. Songe que je ne t’ai pas pour me déranger de ta pensée. Je n’ai pas la ressource de penser avec toi ; je ne puis songer que de toi. Il est vrai pourtant que je puis t’associer à mes petits travaux ; aussi je travaille assez bien.

Comprends-tu maintenant qu’il m’était difficile de t’écrire des lettres bien élevées ?”

J’ai aujourd’hui deux colonnes du “Temps” à remplir. Je travaille tous les jours à notre abbé. Je crois que son voyage le long du Nil est assez étrange. Vous ne savez pas, Madame, que Paphnuce a béni le sphinx de Silsilé, parce que le sphinx de Silsilé a confessé à Jésus-Christ. Voilà ce que c’est d’être au pied d’un torrent. Ignorer les nouveautés. Vous en êtes encore, Madame, au vieillard Palémon et au dialogue que nous avons lu ensemble, quand nous étions comme il faut l’être. Vous vous souvenez-il ? Pour moi, ma chérie, mon tout, mon bien, à ce souvenir, à cette image la plume me tremble si fort dans la main que je ne puis ni écrire ni penser. Plains toi ! Je suis heureux loin de toi, mais non pas sans toi, o mon âme, o ma vie ! Je ne sais plus où j’en suis et mon cœur bat comme il battait dans la nuit blanche qui a précédé mon bonheur. Si l’on pouvait faire passer dans une lettre tout ce qu’on envoyait, chaque mot que j’écris te baiserait sur la bouche, sur le sein, et te pénétrerait jusque dans les entrailles comme un miel embrasé.

Ma chérie, mon émotion était trop forte, il m’a fallu m’arrêter un moment.

Mais comprends-tu maintenant qu’il m’était difficile de t’écrire des lettres bien élevées ? Ce matin, en revenant de la douche, je suis allé chez le tapissier. Je t’envoie le drap que nous avons choisi, avant de renvoyer les échantillons. Il est très beau. Le tapissier en a pris quinze mètres à condition. De cette façon, dit-il, tout ce qui sera acheté sera employé. Je t’assure que je mènerai l’affaire de la bibliothèque avec beaucoup de prudence. Ne t’en tourmente pas. Est-il possible qu’il ne se trouve pas une petite pierre au bord de ton torrent, de ton bon torrent qui, comme nous tous, n’entend jamais que lui-même ? Que tes lettres sont belles et délicieuses et quelle joie, tantôt amère, tantôt douce, j’ai à les copier sur un cahier. Pour moi, je ne trouve pas les mots qu’il faut, et puis j’oublie tout.

J’ai oublié de te dire que les photographies que tu m’as envoyées, me faisaient un plaisir infini. Je t’embrasse telle que je t’imagine, et avec désespoir.

Viens, viens, encore dix-sept, ou dix-huit jours…

Anatole France.

Extraits de Lettres Érotiques, présentées par Agnès Pierron, collection « Mots intimes » Éditions Le Robert.

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