La rédaction du Lui.fr vous propose de lire ou relire l’interview d’Attila Futaki de 2015.
Quand les crayons et autres pinceaux sentent le besoin de « s’exprimer », c’est au sein de l’Institut Balassi à Bruxelles qu’ils s’épanchent. Attila Futaki, l’auteur hongrois de bande dessinée mondialement reconnu, y présentait son travail pour la première fois en 2015. Derrière ce nom énigmatique se cache l’histoire d’un artiste devenu Prince de la BD. Attention, talent !
Invité par l’Institut Balassi à Bruxelles, où lui était consacrée sa première rétrospective, Attila Futaki dévoilait une série d’œuvres composites de planches de BD, intitulées « Graphics ». Travaux hors-norme traduisant le climat d’un siècle naissant. La noirceur des scènes y est méticuleusement présentée et son savant mélange de photoréalisme et de surréalisme, rarement usité, y brille de toute sa gloire : l’artiste se sert de l’aquarelle comme moyen expressif pour révéler les sentiments profonds de ses personnages.
Son objectif ? “Devenir le meilleur artiste de bande-dessinée !”
Attila, natif de Békéscsaba, petit village hongrois proche de la frontière roumaine, a toujours su qu’il dessinerait. Une vocation née des bandes dessinées qu’il dénichait… difficilement. Certains titres, principalement des livres de super-héros américains, garnissaient sporadiquement les étagères du seul libraire existant au village. “La BD ? Une révélation. Mon premier amour dans la vie“, résume Attila.
“Je n’ai pas eu de questions à me poser sur l’avenir. J’ai voulu dessiner, et encore dessiner. Je suis donc entré aux Beaux-arts durant un an, puis j’ai déménagé à Budapest avec ma famille, ville dans laquelle j’ai terminé mon premier cursus scolaire aux côtés d’András Karakas, un de mes profs, célèbre illustrateur du Playboy hongrois et enseignant d’anatomie à l’Académie des arts de Francfort”.
À côté de ses études, Attila se perfectionne en suivant d’autres leçons et croque des modèles avec pour seul objectif : “devenir le meilleur artiste de bande dessinée !” Comme il souhaite se rapprocher des éditeurs européens, il part en Italie, à Florence, pour y approfondir les techniques du graphisme, et c’est à la Scuola Internazionale di Comics, aux côtés de Paolo Eleuteri Serpieri, Paul Karassik, Simone Bianchi et Francesco Champi, qu’il grandit.
“Je n’y ai pas fini mon second cursus, malheureusement. Je venais d’être embauché par le petit éditeur Carabas. C’est à ce moment là que j’ai commencé à travailler sur mon premier roman graphique et qui me prenait beaucoup de temps. Ce petit ouvrage s’appelait The Spiral. Je l’ai peint tableau par tableau en aquarelle et gouache. Il a fallu un an pour que je termine les 80 pages de l’ouvrage. J’avais 21 ans à l’époque, quand le livre traduit en hongrois, et en français est sorti en librairie”.
C’est donc confirmé dans sa vocation qu’Attila tente sa chance auprès d’éditeurs français, qui lui trouvent un style “pas très grand public” et le boudent… Air connu. Sans boulot, il décide finalement de tenter sa chance aux États-Unis, et rejoint la Comic-Con International de San Diego. Là, il rencontre Robert Venditti (The Surrogates, Green Lantern), qui travaille sur une adaptation de la série Percy Jackson, “Le Voleur de Foudre”, pour Hyperion books. Un “coup de bol“, se souvient Attila.
“Ils étaient à la recherche d’un dessinateur. L’éditeur m’ayant demandé des échantillons, j’ai dû investir dans une table à dessin et d’autres matériaux pour réaliser les échantillons demandés ; pas facile, quand on a les poches percées. Mais au final, ils ont vraiment aimé mon travail, et j’ai décroché un contrat. C’était mon premier vrai job d’artiste professionnel. Nous avons réalisé ensemble trois livres, tous devenus best-seller, cités par le New York Times, notamment. Parallèlement, je travaillais dur sur une BD du style “horreur”, baptisée Severed, avec Scott Snyder et Scott Tuft. Une histoire de 170 pages, publiée par Image Comics, traduite en italien, français, espagnol et polonais. Je reste très fier de ce livre. La critique a été plus qu’excellente.”
Les références précitées lui offre la chance d’approcher bientôt Dark Horse. À l’automne 2013, le New York Times le sollicite également pour illustrer une de ses couvertures. “Les offres ont afflué à ce moment là, j’ai travaillé sur cinq numéros intitulés “Conan” pour les éditions Dark Horse Comics. Le New York Times, lui, souhaitait réaliser un gros article de presse dans le style BD. Je leur ai dessiné une planche, tout en racontant une histoire. Le sujet a été approuvé, et nous avons publié “Tomato Can Blues”, devenu la meilleure illustration sportive de l’année.“
À côté des bandes dessinées, Attila a réalisé l’illustration d’un art book dédié à Attila József, célèbre poète hongrois. La couverture du livre Millenium Expressz de Ádám Dávid, a suivi. L’envie de créer un “European Comics” devenait pressant. “La chance m’a souri à nouveau, puisque mon amie de longue date Anabelle Araujo, qui travaille avec Daniel Maghen, m’a appelé. Antoine Maurel de Lombard ayant vu certaines de mes pages, m’offrait un projet : Hypnos, écrit par Laurent Galandon. Les échantillons terminés, nous avons signé l’accord très rapidement. C’est la meilleure, la plus belle collaboration que j’ai pu connaître, jusqu’à aujourd’hui.”

