Rencontrer quelqu’un sur Internet ? Rien de plus simple, il y en a pour tous les goûts : Geek, communiste, militaire, agriculteur, senior, amoureux de la campagne ou dingue de bœuf. Seulement vivre avec son temps c’est savoir se servir des applications qui se substituent désormais aux sites traditionnels. Presque toutes adoptent la géolocalisation qui, bien utilisée, peut vous aider à avoir bien moins froid cet hiver.
On compte aujourd’hui en France environ 18 millions de personnes qui vivent seules. De quoi rendre dingues et pérennes les applications et services dédiés aux rencontres en ligne. Au petit jeu du gros marché de la drague, on peaufine ses créations allant même jusqu’à solliciter votre spiritualité ; les juifs peuvent ainsi se rencontrer sur JDream, les musulmans sur Inchallah et les catholiques sur Theotokos. Seulement, les croyants ne cherchent pas forcément à se retrouver toujours qu’entre eux, et les applications les plus téléchargées ciblent une intimité bien plus lucrative que votre foi : la sexualité !
Les applications facilitent la vie de l’homme moderne pour trouver l’âme sœur… Tout aussi modernes, les filles donnent leur avis ! Et dans ce domaine le choix semble « un poil » plus large : Pure ou Adopte pour les célibataires en goguette, Gleeden pour des relations extra conjugales, Grindr pour les personnes du même sexe, Géolib pour les libertins, mais encore 3nder pour les adeptes du triolisme, Down pour du sexe entre amis, et la liste est encore longue… Tinder, application chronophage et addictive, tient la tête du palmarès. Une photo, un prénom, un âge et ce seul choix possible : OUI ou NON ! Avec 55 milliards de Matchs à ce jour, et des millions de profils swippés (balayés) quotidiens : des chiffres impressionnants mais relativisés lorsque l’on sait que les “coups de coeur virtuels” n’aboutissent pas tous à un succès.
C’est pour ça qu’on est allé demander aux filles ce qu’il faut faire… Ou pas faire.
Étudier la concurrence… Et la relativiser
Pour “Lolita”, dans 80% des cas, il n’y a pas de discussion, aucune suite. D’ailleurs pour elle, le mais n’est pas toujours la rencontre à proprement parler : Tinder lui permet surtout de se rassurer, de calculer son quotient de séduction, de voir si elle plaît à ceux qui lui plaisent…
« J’ai rencontré une fois un “tinder man” follement drôle, sur l’écran ! Arrivé dans la vraie vie c’était une catastrophe : fermé, silencieux… Limite phobique du contact humain ! Une mer de désillusion. Mais comme tout va très vite, une heure après j’étais chez mon ex… »
Lorsqu’une personne accepte un rendez-vous, a priori rien ne l’empêche d’en accepter d’autres. Cette compétition incite certains hommes à faire preuve de stratégie : “Antoine” est hétérosexuel mais consulte régulièrement les profils de mecs : il étudie la concurrence et se positionne en fonction des looks et des attitudes. Ce n’est pas le seul, et il a raison. Selon lui, il est important de « sortir du lot », parmi les sportifs et les beaux gosses.
« Il faut se munir d’une belle photo de profil, et en ajouter trois ou quatre pour valoriser son physique, partager sa bonne humeur et ses activités préférées, mais surtout pas d’images farfelues ! Imaginez votre passeport fardé de gommettes pailletées, vous trouvez peut-être ça super-joli, mais il n’est pas dit que tout le monde soit de votre avis ! »
Une opinion partagée par « Neïla » « même s’il s’agit d’une photo ou la personne n’est pas complètement à son avantage, il est important de montrer qu’elle s’amuse ». Car ce qui charme, c’est d’abord une certaine forme de présence. Elle nous explique :
« Même si les beaux ont plus de chances de pécho que les moches, le look joue beaucoup. Il ne faut pas culpabiliser de rencontrer quelqu’un (pour une nuit ou pour la vie). Si on utilise une application, autant le faire avec détachement et humour. Et surtout : arrêtez de poser avec des animaux ou avec des étoiles ».
Si vous êtes en proie à de sérieux doutes sur l’aspect présent “trop” de vos photos, prenez donc le temps de consulter, selon votre sexe, les tumblr Tinder Délice ou Girls Of Tinder et tentez de faire mieux, c’est de l’ordre du possible.
On ne triche pas !
“Nous les filles, on peut aussi chercher un plan cul. Mais il faut que ce soit un peu mérité.”
Évitez de tricher, car vous risquez de réduire vos chances. Des vidéastes ont filmé en caméra cachée des rendez-vous Tinder en maquillant deux acteurs. Tout d’abord une femme mince en obèse ; puis un homme mince dans sa version maxi. Alors certes, certains savent faire preuve d’inventivité. C’est le cas d’un jeune programmeur, Joel Zhan. S’il est plutôt discret sur la forme de son désespoir amoureux, il assume assez fièrement sa flemmardise en s’affranchissant des « swippes ». En effet, l’étudiant en informatique est l’auteur d’un logiciel qui valide automatiquement tous les profils féminins ! fin justifie les moyens chacun se défend de sa petite invention, et Blake Jamieson semble bien plus doué que Joel Zhan… Selon The Daily Dot, l’Américain s’est servi de Photoshop pour modifier sa photo de profil. Après un joli petit bidouillage du logo et de la police d’écriture de l’application, ce spécialiste du marketing des médias sociaux fait croire aux utilisateurs que Tinder lui-même le désigne comme « Match du jour »… Pas con ! le monde s’y met…
En ligne comme ailleurs, on n’est pas chez le boucher !
Selon “Neïla” savoir “swipper” c’est bien, mais faire preuve d’imagination et d’intelligence c’est encore mieux. Elle ne rechigne pas à parler de sexualité mais regrette que la pointe d’exotisme évoquée par son prénom éveille chez les hommes une vulgarité dégoulinante et des préjugés sur fond de racisme latent. “Amélie” regrette également que les mecs manquent de courtoisie…
« Si l’on sait que ça va finir en plan cul, rien n’empêche au type d’être un peu classe, et de prendre son temps. On a parfois l’impression d’être une entrecôte chez le boucher ».
Elle aimerait tant que les hommes osent lui dire ce qu’ils pourraient lui raconter s’ils l’avaient branchée dans le métro. Les hommes, les vrais, y sont généralement moins directs, et c’est assez rare qu’entre les stations Brochant et La Fourche un homme déclare à une jeune femme “j’ai envie que tu me suces“… «En général ça fini toujours par une torgnole», nous dit-elle. Un avis partagé par « Pauline » : si elle estime que Tinder est une application clairement orientée pour les histoires d’un soir, elle se lasse du fait que certains mecs soient trop directs et trop pressés.
« Ce que les gars ne comprennent pas, c’est qu’une fille n’est pas une idiote qui croit qu’elle va trouver le prince charmant. Nous aussi on peut chercher des histoires pas sérieuses, voire même un plan cul basique. Mais je crois que les femmes préfèrent que cela soit mérité. Même si on connaît les règles du jeu du plan cul, on a besoin d’être un minimum séduite ».
En attendant d’être séduites, “Amélie” et sa copine “Lise” considèrent Tinder avant tout comme un sport. Afin d’utiliser au mieux l’application américaine, elles se présentent gentiment le dimanche avec un poulet rôti et de la glace, et elles « swippent »… C’est, semble-t-il, un excellent moyen pour se dégourdir les doigts entre amies… Si cela ressemble à une loterie, Tinder c’est surtout simple et peu contraignant, sauf qu’il y en a toujours pour se compliquer un peu la vie.
On n’est pas aux pièces, on reste cool.
Si les garçons semblent trouver leur compte sur Tinder, c’est surtout parce que 45 % des utilisateurs sont des filles ! Donc, on se détend ! Mia a fait deux ou trois rencontres, elle continue gentiment l’aventure, le format lui plaît, elle trouve rassurant que les filles soient moins sollicitées que sur des sites traditionnels, ou certains réseaux sociaux : « ce n’est pas trop intrusif ». En dehors de son boulot, Sonia ne rencontre pas le grand monde. L’application lui apporte donc un peu de fraîcheur, elle peut alors rencontrer des gens qui n’ont pas d’autres intérêts que de partager un bon moment « J’ai déjà rencontré deux personnes, peut-être pas le grand amour mais présente des futurs potes, c’est cool ».
“En attendant de trouver le Nirvana, je discute avec des filles et des mecs…”
De son côté, “Barbara” utilise plusieurs plateformes, essentiellement pour des rencontres libertines. Selon elle, les hommes sont trop castrés par le principe d’adopte « déjà qu’ils arrivent à peine à discuter pour une relation amoureuse, alors quand il s’agit d’une relation sexuelle ça devient vite le bordel dans leur tête ! ». En revanche elle a fait une rencontre sur Tinder, et s’est éclatée tout un après-midi « avec un type très cool » mais elle reconnaît que sa plus belle relation était avec un couple rencontré sur netechangisme.
« Depuis j’ai un peu de mal à trouver de nouvelles personnes parce que j’ai atteint le Nirvana deux fois, de deux manières différentes. Du coup, j’attends les perles rares. Alors en attendant, je discute avec des filles et des mecs… »
Seulement le concept de Tinder ne séduit pas tout le monde. Un brin sceptique sur son expérience, Adèle pense qu’il ne s’y dit pas grand-chose, et que les intentions ne sont pas toujours évidentes à déceler. Elle a surtout l’impression que l’application fait de l’effet à la batterie de son téléphone « elle se consomme à vitesse grand V ». Irréductible des rencontres dans la vraie vie, Isabelle estime que si le premier contact ne débouche pas sur une vraie rencontre, il n’y a aucun intérêt à poursuivre la discussion « j’ai bien assez de mes vrais amis pour en avoir d’autres virtuels ». Autre point non négligeable, Gaëlle souligne un aspect technique qui peut devenir un inconvénient sur Tinder « On y croise parfois des gens que l’on connaît, que l’on fréquente déjà ».
Oh le vaste Monde
Comme pour d’autres applications, l’inscription sur Tinder se fait en lien avec un profil sur les réseaux sociaux, il n’est donc pas rare de repérer des personnes que l’on connaît, voire de se faire griller… Cependant, certains développeurs comprennent les amateurs de discrétion. Matthieu est l’un des fondateurs de l’application Icebreaker qui, dans ses paramètres, donne la possibilité de ne pas être visible de ses contacts Facebook. Tout est fait pour casser le côté trop radical de Tinder, un quiz de trois questions permet d’initier un sujet de conversation avant même que ne démarre une discussion et “Nono le pingouin”, la mascotte, peut relancer une discussion avec des sujets parfois drôles. Enfin, le “mode métro” permet également de poursuivre l’activité hors réseau… Sauf que dans le métro, on se prend vite à ressembler à un “Candycrush addicts”, et ça personne n’en a vraiment envie, pas vrai ?
Si vous n’êtes pas un adepte de la drague en direct, dans les transports en commun ou ailleurs, testez Happn. Cette application garde en mémoire l’heure et le lieu exact de votre “non rencontre”, cette personne que vous avez seulement croisé et avec qui vous n’avez que rarement échangé qu’un sourire… Chargez à votre coup de coeur d’avoir également envie de transformer l’instant en véritable rencontre. Si une photo ne vous suffit pas pour être séduit, Hinge propose des enregistrements audios. Les fans de Friends ou de L’Auberge espagnole—ceux qui ne font rien sans leurs potes— peuvent essayer Smeeters, ça peut aussi aider les plus timides… Si c’est de la tendresse qu’il vous faut, tentez Spoonr, l’application pour les adeptes de câlins gratuits.
Celles et ceux qui consultaient Moonit pour son approche astrologique devront s’y prendre autrement pour savoir si un bélier à des chances de survivre au contact d’un scorpion. Une refonte totale de l’application la classe désormais parmi celles où l’on swippe… Enfin, pour mettre un stop au harcèlement perpétuel d’une maman aimante, mais déprimée de vous voir désespérément seule, essayez Invisiblegirlfriend. Cette nouvelle amie, purement imaginaire, rassurera votre mère, jusqu’à ce qu’elle insiste sérieusement pour la rencontrer…

