Résistez au pire des pervers narcissiques
Vous le détestez. La simple vision de cet affreux jojo vous met dans des états inimaginables. Il vous hante jusque dans vos rêves… Et malheureusement pour vous, vous êtes contraint de le voir chaque jour, puisqu’il n’est autre que votre boss. Il eût été plus simple qu’il soit un lointain cousin sans intérêt, qu’on ne voit que pour Pâques ou pendant les mariages de famille. Mais non, c’est votre boss, et – que vous le vouliez ou non – il vous contrôle. Il vous donne des ordres, et vous exécutez, sans broncher. Il n’écoute jamais les autres.
Ce mec est un manipulateur, une ordure, un égoïste, un pervers narcissique, un macho. Parmi vos collègues, tout le monde est du même avis que vous. Ce mec est un manipulateur, une ordure, un égoïste, un pervers narcissique, un macho… Derrière son dos, tout le monde est unanime : c’est un triste sire. Mais devant lui, chacun se plie à ses exigences, chacun est impassible… La révolte et la témérité s’arrêtent à la machine à café. Son côté propret et son élégance poussée à son paroxysme vous sont insupportables. Et vous vous êtes renseigné sur sa vie privée : ce mec a forcément des bons côtés. Mais non.
Il fait du sport, travaille, bouffe, dort, et recommence. Et accessoirement, il envoie chier tout le monde. Parfois, l’envie vous prend de le provoquer en duel, et de le terrasser comme Don Diego de la Vega viendrait à bout du commandant Monastorio. Mais vous ne pouvez pas, car vous sentez bien que le moindre écart de conduite vous sera rendu puissance mille. D’autant qu’il vous déteste encore un peu plus que les autres, vous le savez bien. Alors, que faire ?
Ne rentrez pas dans son jeu
La première solution – qui est aussi la meilleure si vous vous sentez devenir fou – est de fuir. Fuir physiquement, dans un autre service de votre entreprise, ou alors pour de bon, si vous êtes en mesure de le faire. Sauvez votre peau. C’est absolument notre conseil numéro 1 même si, bien sûr, il n’est pas toujours évident, en ces jours, d’être assuré de trouver un autre emploi du jour au lendemain ou de créer son propre business. Si ça vous est impossible, pratiquez l’isolation sensorielle. Non, ne vous infligez pas cette torture employée à Guantanamo, mais fermez-vous. Ne rentrez pas dans son jeu.
Souvenez-vous : vous êtes un mur de squash face à un addict en train de s’épuiser tout seul. Vous pensez qu’il vous parle ? Pas du tout, il ne règle de comptes qu’avec lui-même ! Avec l’ombre de sa mère, peut-être… Et la machine finit toujours pas s’épuiser. Quand vous quitterez son bureau, il appellera un fournisseur pour poursuivre un jeu qui ne vous concerne aucunement et ce soir, vous en rirez avec vos amis -contrairement à lui, qui n’en a pas. Plus facile à dire qu’à faire ? Peut-être… Mais plus facile, certainement, que l’inverse, soit rentrer de plain-pied dans un dialogue dont le carburant principal est la mauvaise foi (avec aplomb).
Faites grâce à cette grenouille de croire qu’elle est un bœuf
Sinon, n’oubliez pas qu’il suffit, plus souvent qu’on le croit, de parler des problèmes les yeux dans les yeux pour pouvoir les résoudre. Sollicitez une audience avec beaucoup de respect, pour le mettre en bonne disposition. Si vous faites croire à cette grenouille que vous la considérez comme un bœuf, elle se rengorgera à tel point que son attention -une partie, au moins- vous sera acquise. Émaillez vos propos de “je sais que c’est dur pour toi aussi, moi, (sous-entendu “petit salarié”), je n’ai pas toutes ces pressions…” et profitez-en pour glisser quelles sont vos limites.
Voire, en guise d’exemple, rouvrez, très calmement, un vieux dossier où vous savez que vous avez à 100 % raison (c’est une image, ne lui posez pas réellement une pile de papiers jaunis sur son bureau, à moins de vouloir réveiller la bête) … Il ne reconnaîtra sans doute pas ses torts, et pour éviter cela passera promptement au sujet suivant ; mais la graine “ce salarié sait se défendre” sera semée dans sa tête. Il continuera à vous agacer. Mais vous ne serez pas sa cible privilégiée. Ne le laissez pas croire que vous jouez contre son camp -ces gens sont souvent paranos : tout ce que vous dites n’a qu’un but : aider l’entreprise à gagner toujours plus d’argent.
Sachez ce qui vous fait partir au quart de tour
Admettez aussi, en votre for intérieur, vos torts -ou plus exactement vos failles. Eh oui, ce qui transforme un salopard quotidien en ordure catégorie A, c’est aussi ce pouvoir instinctif de sentir où appuyer pour faire mal. Qu’est-ce qui vous fait sur-réagir ? Une révolte (bien légitime au demeurant) contre la connerie humaine ? Une pointe de jalousie à l’idée de ne pas être à sa place ? Un fond d’amour ou de respect pour lui et l’envie de l’aider à évoluer ?
En sachant ce qui vous fait partir au quart de tour, vous saurez éviter le moment où la situation est en train de se concrétiser. Dans un tel contexte, s’épargner “la boule au ventre” est déjà un immense succès. Enfin, n’oubliez pas que vous ne voudriez de sa vie pour rien au monde. Pas celle du patron : celle du pervers narcissique, qui cherche auprès des autres à combler le vide sans fin de son existence. Vous, vous êtes capable d’éprouver du plaisir, et de partager avec autrui autre chose que d’infinis jeux de soumission/domination.
C’est sans doute ce qu’il vous envie, qu’à défaut de vous prendre il cherche à détruire. S’il le blesse, si la dépression frappe à la porte, faites-vous aider sans tarder : il n’y a pas de honte, on ne peut traverser une vie entière seul. Mais rassurez-vous : ça ne meurt jamais, et votre vie sera toujours plus riche et complète que celle d’un noir esprit.

