Comment simuler un burn-out ?

Vous allez bien ? Faites semblant d’aller mal ! Désireux de partager son expérience auprès de nos lecteurs, Benjamin Fabre, l’auteur de Comment devenir un parfait fayot au bureau, nous prodiguait régulièrement ses conseils pour se faciliter la vie, issus d’une longue expérience dans l’immoralité la plus totale. Après “Comment faire croire qu’on a travaillé dans l’humanitaire”, voici comment simuler un burn-out.

Avec son phrasé de poule et sa tête de musaraigne, mon boss me tapait copieusement sur le système.

Au fil des années, son visage était devenu tellement incommodant que je ne parvenais plus à le regarder de face. Et un beau jour, j’en ai eu assez : j’ai décidé qu’il devait sortir de mon paysage. Mais comment obtenir un tel résultat ? Je n’avais aucune envie de quitter mon entreprise. Et pour mon malheur, il n’y avait pas la moindre fenêtre d’évolution en interne.

J’ai donc eu l’idée de simuler un burn-out. Le burn-out est une pathologie bourrée d’avantages : elle est à la mode (« mal du siècle »), elle vous fait une image de workaholic impliqué à souhait, elle donne lieu à des arrêts maladie interminables et elle culpabilise les hiérarchies. Je me suis aussitôt mis à l’ouvrage.

J’ai commencé par une phase de documentation. En parcourant des sites web sur les symptômes du « burn-out », j’ai appris qu’ils étaient comparables à une sorte “d’incendie intérieur”. Heureuse surprise ! Cela signifiait, et c’était bien pratique, que je n’aurais aucun besoin de contrefaire des blessures ou des séquelles visibles de l’extérieur (éruptions cutanées, plâtres, scarifications, etc.). Il me suffirait de me concentrer sur mon jeu d’acteur.

Attention : pour être validé comme tel, le burn-out doit remplir tout un tas de critères comportementaux extrêmement précis.

Heureusement, il existe d’excellents quiz en ligne pour vous entraîner. Tout d’abord, il faut faire montre d’un état d’épuisement complet. N’hésitez pas à consacrer une demi-heure à une montée d’escalier, par exemple, en prenant soin de faire des pauses à chaque marche. Vautrez-vous dans votre fauteuil. Regardez dans le vague en disant que « Plus rien n’a de sens ». Car la victime de burn-out, pour avoir poussé trop loin son engagement professionnel (c’est ça qui est chic), a soudain l’impression de porter toute la Terre sur ses épaules et de ne pas pouvoir y faire face (ce qui est logique quand on connaît la masse de la Terre).

Fuyez les réunions. Et boudez, de façon générale, tout contact constructif avec la communauté. La victime de burn-out devient insensible à son entourage et bascule dans un cynisme parfait. Cela peut d’ailleurs être très drôle. L’occasion de dire tout haut, par exemple, combien votre N+1 a une odeur de flétan ou de raton-laveur. On vous le pardonnera. Cela fait partie du rôle.

Pour enfoncer le clou, il est important qu’une ou deux scènes violentes se produisent sur votre lieu de travail.

C’est une étape-clé dans la crédibilisation de votre burn-out. Marquez les esprits. Passez, par exemple, votre colère sur un objet qui ne vous a rien fait. Braillez comme un dément. J’ai moi-même saccagé une imprimante en déversant un flot d’insultes contre la marque « CANON » à laquelle j’ai pourtant peu reproches à faire. J’ai été arrêté le jour-même. Il s’en est suivi quatre mois de congés très agréables, loin de mon boss, et financés par le système. N’hésitez pas à vous passer le mot.

Fourbement vôtre,

Benjamin Fabre

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