5 astuces pour faire croire qu’on a le souci des autres

Par le passé, nous avons été contactés par l’amical Benjamin Fabre, l’auteur de Comment devenir un parfait fayot au bureau ? (éd. Leduc.s). Désireux de partager son expérience auprès de nos lecteurs, il nous prodiguait généreusement, ses conseils de drague, issus d’une longue expérience dans l’immoralité la plus totale.

Montrer un penchant philanthropique est un moyen d’accroître sa popularité

Samedi dernier, j’ai vécu un moment particulièrement instructif. Invité à dîner par un couple d’amis, j’étais attablé avec une dizaine de personnes à la chevelure abondante. Nous dégustions un plateau de fruits de mer. L’atmosphère était excellente. Mais alors que je remportais un franc succès avec une imitation de la jeune stagiaire que je viens de recruter au bureau (elle ressemble un peu à un poulpe), une conversation parasite s’est développée sur ma gauche. J’ai tourné la tête. Un dénommé Théophile était en train de raconter, d’une voix timide, qu’il participait à des « actions bénévoles » dans les rues de Paris. Et que chaque mercredi, à vingt heures, il se livrait à des distributions de soupes (gratuites) à des sans-logis. La tablée s’est littéralement enflammée pour cette histoire. Théophile a eu droit à des compliments. À des tapes dans le dos. Et, en dépit d’une apparence physique perfectible, à plusieurs numéros de portable.

Cette soirée a été pour moi une révélation. Que n’y avais-je pensé plus tôt ? Montrer un penchant philanthropique, comme cela, l’air modeste, est un moyen d’accroître sa popularité qui ne m’avait jusque là jamais effleuré l’esprit. Il fallait absolument que je réutilise cette stratégie. Et ce dès mon prochain dîner. Problème : vu mon agenda surchargé, il était parfaitement exclu que je prenne part à des distributions de soupes.

Comment faire croire à ses amis que l’on participe à des actions bénévoles quand ce n’est pas le cas ?

C’est une question de technique. Après une analyse approfondie, voici quelques conseils pour y parvenir :

  • Laisser échapper que vous avez participé autrefois à un ou plusieurs voyages humanitaires (invérifiable). Quelques mots-clés de bon aloi : « Calcutta », « Manille », ou encore « Choléra ». Ces termes sont bourrés de résonances liées à la misère et à la saleté. Ils vous éviteront bien des développements.
  • Évitez les détails sordides. Pour plus d’impact, laisser les gens vous fantasmer d’eux-mêmes au contact de la pauvreté (le pouvoir de l’imagination).
  • Afficher une émotion profonde, mais contenue. Le souvenir doit sembler enfoui quelque part au fond de vous, comme une douleur secrète. Pas de pleurnicheries. Une pudeur bien affectée touchera nettement plus votre auditoire.
  • Si vos interlocuteurs se mettent à culpabiliser, sous prétexte qu’ils n’ont jamais mis les pieds dans un mouroir ou dans un dispensaire, rassurez-les. Dites-leur que vous ne les jugez pas. Ils vous aimeront encore plus.
  • Ne pas exhiber de photos de vous en train de porter des sacs de riz. D’abord parce que vous n’en avez aucune (ce qui est déjà une raison suffisante), mais aussi parce que l’ostentation anéantit 80% de l’effet recherché. Un vrai travailleur humanitaire n’agit pas pour la gloire : il agit pour lui-même.

Et enfin, ne pas oublier de prononcer cette phrase incontournable, qui entérinera définitivement la crédibilité de votre récit : « Je suis parti avec la volonté de donner / Je suis revenu avec l’impression d’avoir reçu ». 100% des voyageurs humanitaires la disent à leur retour. Cadeau de la maison.

Fourbement vôtre,

Benjamin Fabre.

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