Rencontre : Géraldine Fasnacht, le ciel, le soleil et la neige

Snowboardeuse, freerideuse, basejumpeuse et vol en wingsuit, Géraldine Fasnacht est une femme avide de sensations fortes. Nous rencontrons la Suissesse en 2014 lorsqu’elle vient d’ajouter deux exploits à son palmarès : une première descente en wingsuit depuis le sommet du Cervin, 4 478 mètres jamais dévalés jusqu’alors et une expédition entre montagnes et glaciers de Antarctique, sur les traces de l’explorateur Ernest Shakelton.

Dopée à l’adrénaline

Certains ont une vie métro-boulot-dodo, d’autres non. À 34 ans, Géraldine Fasnacht a dévalé autant de faces enneigées que j’ai arpenté de rues à Paris, avec plus de style et de vitesse, sans aucun doute. Tous les jours, Géraldine dessine des lignes. Dans la neige, comme snowboardeuse freeride, elle pourrait se targuer d’être la détentrice de 11 victoires internationales, dont trois obtenues à l’Xtrême de Verbier en Suisse, la crème de la crème de la compétition.

Dans les airs, elle s’élance des falaises en basejump (sport extrême et spectaculaire qui consiste à sauter depuis un objet fixe et ouvrir son parachute après une certaine chute) ou avec une wingsuit (saut effectué avec une combinaison en forme d’aile qui convertit la vitesse de chute en vitesse horizontale), à coup de 150 sauts par an. Une vie peu ordinaire à laquelle Géraldine s’est prédestinée toute jeune enfant.

“J’ai appris le ski en apprenant à marcher”

Enfant de la Suisse, c’est à Verbier que Géraldine passe tous ces week-ends et vacances, comme sa mère y travaillait.

“À 2 ans, mes parents m’ont mise sur des skis et j’ai skié en apprenant à marcher. Pour moi, c’était naturel de glisser. Quand, j’ai eu 8 ans, le snowboard est arrivé en France. Ça a été une révélation, j’ai tout de suite voulu faire des traces dans la poudreuse”.

A 15 ans, Géraldine assiste à l’Xtrême de Verbier, et ne peut s’empêcher de penser que “ces riders sont mes idoles, je veux être sur ces montagnes avec eux.” En marge d’un cursus scolaire général, l’adolescente passe son temps dans les montagnes, son “terrain de jeu”, à freerider. Elle se rapproche des guides qui lui apprennent la montagne, puis se fait embaucher à l’aéroport de Genève et continue à passer tous ces moments de libre sur la neige, à s’entraîner. D’une compétition régionale en nationale, la jeune rideuse se fait un nom et un jour, elle obtient son sésame.

J’avais 21 ans quand j’ai eu ma première invitation pour l’Xtrême de Verbier, à l’époque on devait être repéré pour obtenir une invitation. Alors, j’ai quitté mon job, je me suis installée à Verbier où j’ai trouvé un autre travail. Je ridais tous les matins dès l’ouverture des pistes, avant d’aller bosser.” Géraldine remporte toutes les compétitions de la saison, y compris celle de Verbier : c’est le début de 8 ans de championnat du monde de freeride.

“Le basejump, c’était naturel”

Les saisons plus chaudes Géraldine est en manque de sensations fortes : “je cherchais un sport d’été qui m’apporte autant de plaisir que le snowboard et le basejump m’a séduite. Je me souviens du saut de la Tour Eiffel de Franz Reichelt (c’était en 1912… et il en est mort.)”. Consciencieuse, la snowboardeuse décide d’abord d’apprendre à voler avec un parachute et après 300 sauts d’avion – qu’elle a pu se payer en pliant des parachutes sur le terrain – elle réalise un premier saut en basejump, extraordinaire.

“Pour tester mon ouverture de voile, j’ai sauté du parapente d’un copain. Ça me semblait plus sûr car j’avais 1 000m pour ouvrir ma voile”.

Après avoir sillonné les arêtes des Alpes mais aussi d’Iran et du Mali, la vie de voyage de Géraldine continue. Avec sa wingsuit, elle fonce dans le relief du Grand Nord, sur la Terre de Baffin en Arctique. Attirée par toujours plus de sauts, elle s’est élancée en juin dernier d’une falaise du Mont-Cervin, en Suisse. Un exploit jamais réalisé qui lui tenait à cœur depuis plusieurs années : “En 2009, j’ai snowboardé la face est du Cervin en réalisant que l’on pouvait voler au-dessus de cette pente. Alors je me suis fait larguer par un hélicoptère et j’ai tourné autour du mont avec ma wingsuit pour me rendre compte des marges de manœuvre et pour trouver un saut”, explique celle qui juge avoir une gestion du risque permanente.

Raisonnable jusqu’au bout, Géraldine a attendu quelques années pour que la technologie des voiles aérodynamique de wingsuit se perfectionnent un peu plus encore, avant de faire le saut. Pour atteindre ces 4 478 mètres, Géraldine et son compère Julien Meyer ont d’abord fait l’ascension ; 8 heures de marche sans relâche, avec tout le background d’un alpiniste. Après une pause et picnic, Géraldine s’élève pour quelques minutes de vols, avant de se poser avec succès à Zermatt : “pendant la chute, j’ai le cerveau qui fonctionne à 100 km/heure. Tout se décompose, une minute semble une éternité, c’est magique”.

100 ans après l’explorateur Ernest Shackleton, Géraldine Fasnacht embarque avec un équipage de 8 personnes vers un nouvel odyssée. Pour nous sensibiliser à l’impact du changement climatique et collecter des données scientifiques dans ces régions polaires, l’équipe a traversé des glaciers et grimpé sur des pics de montagnes entre Elephant Island et l’île de la Géorgie du Sud, en Antarctique. Une occasion supplémentaire pour Géraldine Fasnacht de s’adonner à une de ses passions : grimper et rider des surfaces vierges en snowboard.

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