En toute voltige

En 2004, Jean-Baptiste Chandelier commençait le parapente. Aujourd’hui, à 40 ans, il voltige en frôlant les buildings. Rencontre avec celui qui, grâce à ses vidéos désormais célèbres, raconte sa poésie : celle de l’homme volant.

“J’ai décidé de prendre mon manège et de le mettre dans mon sac à dos”

Le parapente, une passion depuis toujours ?

Je dirais que c’est le vol, ma première passion. Le parapente, c’est l’outil qui permet de voler… et cet outil est passionnant lui aussi.

Est-ce l’adrénaline qui t’attire ? L’altitude ? Les paysages ?

Le côté contemplatif est forcément très important. Mais moi, ce qui m’a toujours attiré dans le parapente, ce sont les sensations fortes. Enfant, je voulais être Peter Pan, voler dans les villes, au milieu des habitations. Depuis tout jeune, j’ai toujours recherché cette sensation de chute et de vol, j’adorais les montagnes russes et tout ça. Alors un jour j’ai décidé de prendre mon manège et de le mettre dans mon sac à dos…

Vers quel âge ?

J’avais 18 ans quand j’ai commencé le parapente. Après quelques mois de pratique, j’ai vu quelqu’un faire de la voltige en parapente. J’ai été complètement fasciné. J’ai tout de suite voulu faire ça, m’envoler, prendre des risques, aller au plus proche du sol. J’ai commencé à m’entraîner chaque jour, comme un dingue pendant 4 ans, pour y arriver. En parallèle, je suis devenu moniteur, pour enseigner ma passion et gagner ma vie. Puis j’ai été “pilote test” pour des marques de voile. Finalement je me suis mis à fabriquer mes propres voiles. Enseigner c’était très agréable, mais je ne pratiquais pas assez à mon gout et j’en ressortais frustré.

Puis arrivent tes vidéos, désormais célèbres…

Oui, mais la vidéo… C’est arrivé un peu par hasard, à vrai dire. Au départ, ce n’était pas si volontaire de ma part. Une fois, je me suis retrouvé sur une vidéo de parapente sans le savoir. Alors, avec des amis on a décidé de commencer à filmer nos vols, “pour le fun” comme on dit.

C’est devenu ensuite un aspect professionnel de ton sport ?

Oui, c’est par ce biais que j’ai commencé à gagner ma vie, notamment avec l’arrivée de sponsors. Avec des amis qui travaillent dans la vidéo, dans la prise de vue, on s’est vraiment lancé dans cet aspect, mais en prenant un contre-pied par rapport aux autres vidéos de sports extrêmes.

Comment ça ?

Généralement, dans ce genre de productions, on recherche la performance à tout prix : le but est de montrer qu’on est le plus fort, avec souvent un fond de musique hard rock. Moi je voulais faire tout l’inverse. Je me suis inspiré de Danny Macaskill, qui fait du vélo trial. Il filme ses performances avec beaucoup de poésie. Il amène un esprit différent de la performance à tout prix. Et c’est comme ça que je vois mon sport, très poétique. Alors, quand j’ai commencé à réaliser mes propres vidéos, j’ai voulu rechercher des émotions plus douces, qui invitent au rêve, avec de beaux décors. Inviter les gens dans mon vol, partager non l’exploit mais les sensations… Puis, je voulais aussi montrer aux gamins qui ont le même rêve que moi que c’est possible ; j’y tenais.

Comment met-on en place une production pareille ?

Quand on part en tournage, nous ne sommes que quatre. On affine l’idée ensemble, on réfléchit un peu à ce qu’on veut faire, sans pour autant tout calculer. Les cadreurs se placent où ils veulent pour avoir une prise d’image assez libre, avec des angles différents. Moi je m’envole et ça tourne. Après comme tout est fait en plein air, tout n’est pas si simple, mais c’est aussi la beauté de la chose.

Justement, tu dois avoir quelques contraintes, comme les conditions météorologiques ?

La météo est la principale difficulté. Par exemple en Grèce, pour la vidéo TOUCH, on est resté 20 jours, pour seulement un jour et demi de vol. La météo était exécrable et les conditions de vol sur place sont de base assez difficiles. Il faut un cocktail assez pointu pour avoir des conditions de vol optimales. Notamment un vent parfait. Par exemple, en bord de mer le vent doit être de 20-25 km/h et venir de la mer. En montagne c’est un peu plus simple, le vent est moins nécessaire, parce qu’on peut descendre. En contrepartie il ne faut surtout pas qu’il y ait trop de vent parce que dans ce cas-là, on ne peut pas voler, cela présente trop de risques.

Le parapente, c’est dangereux ?

Oui, forcément, mais le parapente peut être très sûr, sans grande prise de danger. La voltige, c’est autre chose… Je me souviens, lors de ma première vidéo, “Urban Side” où je volais entre les buildings à Lima au Pérou, que j’ai failli percuter de plein fouet un immeuble. La séquence est d’ailleurs après le générique. Attention je ne suis pas fou non plus, je ne veux pas mourir. (Rires)

Au bout du compte, plutôt parapentiste ou plutôt vidéaste ?

Ah, ça, ce n’est pas facile à dire… À la base, mon truc c’est le parapente, mais c’est vrai que la vidéo est un côté de ma passion que j’aime beaucoup et qui aujourd’hui est primordial, même pour vivre du parapente. Disons que je reste d’abord parapentiste… mais je n’ai jamais été aussi partagé dans mon travail.

Retrouvez Jean-Baptiste Chandelier sur son site officiel, ici.

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