À l’occasion de la sortie du film Pour le plaisir, qui s’inspire librement de son parcours, Michael Lenke revient sur l’origine de son invention, son impact mondial et la difficulté de transformer un tabou en sujet culturel.
Voir sa vie portée à l’écran dans une comédie grand public, qu’est-ce que cela vous fait ?
Michael Lenke : C’est une sensation particulière. J’ai vu un film avec des acteurs inspirés de mon travail, et forcément, j’en suis très fier. C’est aussi très intéressant de voir une comédie française traiter ce sujet avec des acteurs reconnus. Cela donne une autre dimension à ce que nous avons fait.
Le film démarre sur un constat fort : une femme qui n’a jamais eu d’orgasme. Quelle a été votre motivation initiale ?
Michael Lenke : J’ai lu une étude américaine indiquant qu’environ 50 % des femmes n’atteignaient pas l’orgasme. En tant qu’inventeur, venant du secteur des dispositifs médicaux, cela m’a interpellé. J’ai voulu comprendre et surtout trouver une solution concrète. Pour moi, c’était le point de départ.
Aujourd’hui, vous revendiquez un taux de satisfaction très élevé. Vous vous sentez partie prenante de cette évolution ?
Michael Lenke : Oui. Avec cette technologie, on atteint environ 98 % de réussite. C’est évidemment une grande satisfaction de se dire qu’on a contribué à améliorer quelque chose d’aussi essentiel.
Le film montre un inventeur un peu chaotique, travaillant dans un environnement désordonné. Est-ce fidèle à la réalité ?
Michael Lenke : Assez, oui. À l’époque, je travaillais dans un sous-sol, un atelier improvisé. Ce n’était pas aussi esthétique que dans le film, mais l’esprit était là. Ce côté expérimental, presque artisanal, correspond bien à mes débuts.
Pensez-vous qu’une comédie puisse changer le regard sur le plaisir féminin ?
Michael Lenke : Oui, clairement. La comédie est un excellent vecteur pour rendre ces sujets accessibles au grand public. Elle permet de parler de choses encore taboues sans être frontal. C’est probablement la meilleure manière de normaliser ces discussions.
Au-delà de l’aspect technologique, quel est votre ressenti personnel face à l’impact de votre invention ?
Michael Lenke : C’est un sentiment très fort. Savoir que l’on a contribué au plaisir de millions de personnes dans le monde, c’est difficile à décrire. C’est presque irréel.
Entre révolution technologique et révolution culturelle, laquelle vous rend le plus fier ?
Michael Lenke : Les deux. Mais la plus difficile reste la transformation des mentalités. Inventer un produit est une chose, faire évoluer les perceptions en est une autre. Et c’est un travail de longue haleine
Qu’est-ce qui a été le plus compliqué : convaincre ou inventer ?
Michael Lenke : Convaincre. Changer les esprits, faire accepter qu’un produit lié au plaisir féminin est légitime, utile, presque nécessaire… cela demande du temps. Les partenariats ont été essentiels pour avancer
Peut-on encore innover dans ce domaine aujourd’hui ?
Michael Lenke :C’est plus complexe. Quand vous atteignez déjà un très haut niveau d’efficacité, progresser devient difficile. Mais il reste d’autres axes, d’autres formes de plaisir à explorer. Le travail continue.
La précision de Patrick Pruvot, fondateur de la marque Passage du Désir et partenaire du film : Chez Passage du Désir, nous pensons que l’orgasme n’est pas la seule métrique. Revenir à du plaisir “slow sex” avec des produits innovants peut faire partie de la révolution de demain.
Et du côté masculin ?
MIchael Lenke : Il y a eu des tentatives, des produits développés, mais les hommes sont globalement moins ouverts à ces dispositifs. C’est un autre défi : faire évoluer les mentalités de ce côté-là aussi.
Avec le recul, quel conseil donneriez-vous au jeune inventeur que vous étiez ?
Michael Lenke : Continuer. Travailler, persévérer, ne pas abandonner. C’est la seule chose qui compte vraiment.

