Molières 2026 : le théâtre français joue-t-il encore pour lui-même ?

Hier soir, aux Folies Bergère, la 37e Nuit des Molières s’est déroulée avec cette élégance compassée propre aux institutions qui célèbrent le “vivant” dans un bocal de formol. Animée par un Alex Vizorek toujours prompt à manier l’ironie pour masquer le vide, la cérémonie a offert un palmarès qui, sous des airs d’engagement, ressemble furieusement à une séance de spiritisme.

L’Obsession du passé : Le théâtre comme tribunal historique

Le grand vainqueur de la soirée, “Le Procès d’une vie” (Molière du Théâtre Privé et de l’Auteur francophone), nous replonge dans le procès de Bobigny en 1972. Un sujet nécessaire, certes, mais qui confirme la tendance actuelle du théâtre : ne plus savoir parler du présent qu’en exhumant les dossiers du siècle dernier. À croire que pour être “profond”, l’art dramatique doit obligatoirement porter une robe d’avocat des années 70.

Du côté du Théâtre Public, “I Will Survive” des Chiens de Navarre a raflé la mise. Jean-Christophe Meurisse continue d’explorer nos névroses avec sa brutalité habituelle. C’est sans doute le seul moment où l’on a senti l’odeur du soufre, loin des lustres de cristal, nous rappelant que le théâtre peut encore être autre chose qu’une causerie pour abonnés du 7e arrondissement.

Le sacre des insubstituables

Le palmarès des comédiens ressemble à un annuaire de la Comédie-Française ou à une réunion de famille que l’on n’aurait pas pu éviter :

  • Laurent Lafitte et Elsa Lepoivre ont été sacrés dans le public. La Maison de Molière continue de phagocyter les récompenses, comme si le talent hors-les-murs n’était qu’une rumeur persistante mais infondée.
  • Josiane Balasko, dans le privé, rappelle que le nom sur l’affiche fait toujours office de mise en scène.
  • Le Molière d’honneur à Muriel Robin, remis par un Vincent Dedienne en “très grande forme”, a scellé cette soirée sous le signe de l’institutionnalisation définitive de l’humour “coup de poing” devenu, avec le temps, une caresse de velours.

La “cage” dorée d’Olivier Py

On ne pourra passer sous silence le triomphe de “La Cage aux folles” (Spectacle musical et Comédien pour Lafitte). Voir Olivier Py, l’ex-maître d’Avignon, s’emparer des paillettes de Jean Poiret est une métaphore parfaite de notre époque : le subversif d’hier devient le divertissement rutilant d’aujourd’hui, idéal pour digérer les coupes budgétaires dans la culture.

“Le théâtre est une tribune”, disait Hugo. Hier soir, c’était surtout une salle des ventes où l’on s’arrachait les restes de la splendeur passée.

En somme, entre une apocalypse en pique-nique (“Fin, Fin et Fin”, Molière de la Comédie) et des petites filles modernes perdues dans l’imaginaire de Joël Pommerat, le théâtre français semble se regarder dans le miroir en se demandant s’il n’aurait pas oublié d’éteindre la lumière en partant. Rendez-vous l’année prochaine pour vérifier si le patient respire encore ou s’il s’agit d’un simple réflexe post-mortem de la part des jurés.

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