Les filles vues par… Joël Bloch

Joël Bloch s’est lancé tard dans la photographie. Mais il n’a depuis plus jamais lâché son appareil, dont il a consacré l’usage à l’éloge de la diversité humaine. Celle des hommes comme des femmes, avec une légère préférence pour ces dernières… Adepte du noir et blanc, de la féminité et de l’autodérision, Joël Bloch a bien voulu répondre en 2015 au questionnaire de Lui.fr…

Avec quel appareil travaillez-vous ?

J’ai toujours travaillé avec Canon, de l’EOS 30, en passant par le 300D, 10D, 20D… jusqu’à aujourd’hui où j’utilise le 5D Mark III. Je me suis équipé des principales focales fixes de la marque au fur et à mesure des années.

Depuis 2014, j’utilise également le fantastique Pentax 645Z, qui délivre un piqué surréaliste. J’utilise vraiment les deux en séance. Le 5D, qui me paraissait lourd, me paraît très léger quand je le reprends !

Où et comment avez-vous grandi ?

Je suis né et j’ai vécu la majeure partie de ma vie à Neuilly-sur-Seine, puis… Je n’ai pas beaucoup grandi !

Ma famille n’est pas directement impliquée dans l’art mais a toujours eu un goût pour la peinture, les beaux objets, globalement la culture ; j’ai donc été raisonnablement exposé. J’ai contracté de graves problèmes de santé très tôt dans mon enfance, ce qui m’a contraint à m’orienter vers des activités plus cérébrales et artistiques que physiques.

J’ai été passionné très jeune par l’écriture et le dessin et seulement beaucoup plus tard par la photo. Ce sont différentes facettes de la même pulsion, les règles de syntaxe et de grammaire sont différentes mais l’idée reste la même, même si elle frappe différentes zones d’une sensibilité. C’est pour moi autant un moyen d’expression que d’extériorisation, une sorte de défouloir.

Quand et comment avez-vous décidé de devenir photographe professionnel ?

En 2001, un ami m’a convaincu d’acheter un reflex avant de partir à Cuba. J’étais habitué à déclencher sans compter en utilisant un des premiers appareils numériques, un Fuji 1,1 MP, la révolution à l’époque ! En rentrant après deux semaines avec dix pellicules (l’équivalent de ce que je fais aujourd’hui en deux heures), j’ai constaté que quelques photos, trop peu, sortaient de l’ordinaire. Je me suis intéressé au pourquoi. Cela a été l’amorce d’une plongée dans la photo qui n’a pas cessé. En 2003, j’ai profité de la chute des prix des reflex numériques pour commencer la photo de nu en studio.

En 2007, le passage à temps partiel sur une activité d’ingénieur m’a permis de fonder ma société de photographie, 3MO, pour promouvoir ma photo et vendre des tirages. 3MO ne signifie pas que je ne produis que des fichiers de 3 Mo comme certains me le demandaient, c’est l’acronyme cryptique de “3ème Oeil”.

Qu’est-ce que vous préférez photographier ? Pourquoi ?

Les trois sujets qui me passionnent sont le nu, essentiellement féminin et plus généralement la femme, le portrait en général, et la photo de rue. Si je restreins ma réponse aux premiers sujets, j’admire le corps et ses courbes en tant qu’objet, et ma perception devient presque médicale en séance : j’étudie la position du corps dans tous ses détails, car la position d’un orteil peut gâcher la pose.

J’aime la sensualité que dégage les détails de la peau, des cheveux, et en cela je ne serai jamais photographe de beauté : je n’aime pas la retouche qui lisse, gomme et altère pour obtenir des images irréalistes et inhumaines. Si je traite la peau de ce que j’appelle “les accidents du jour”, je ne dénature pas le sujet et garde la structure essentielle, dans tous les sens du terme. Mon projet de nu Obscures explore le corps en clair-obscur dans sa solitude face au néant. Je ne parviens pas à séparer la beauté d’une forme de tristesse. J’arbore particulièrement le contre-jour : cette technique souligne ces courbes que j’aime et, bien qu’il s’agisse de nu, l’obscurité habille le modèle d’une certaine pudeur.

Aujourd’hui je m’essaie à de nouveaux sujets, avec plusieurs projets que je distingue totalement de mes précédentes séries : je souhaite faire de belles photos érotiques (que certains qualifieraient de pornographique, la limite est propre à chacun), non vulgaires, très travaillées et mises en scène. Je suis toujours dans la phase de recherche d’un style, de certaines limites que je ne veux pas franchir et d’autres que je ne parviens pas à dépasser.

Que ce soit pour de l’érotique ou du portrait féminin, je suis de plus en plus adepte de lumière naturelle. Cela ne signifie pas que la photo n’est pas travaillée. Parmi les plus beaux portraits que j’obtiens, ce sont ceux réalisés en backstage pendant les pauses : tout est plus naturel, donc souvent plus sensuel.

Quelles sont vos inspirations (photographes et autres…) ?

J’admire beaucoup de photographes, jeunes ou “classiques”, et j’achète beaucoup de tirages. Du coup peu de mes propres photos sont exposées chez moi. En photographie de rue, si j’adore la magie de Steve McCurry, j’ai été plus influencé par Saul Leiter, par la spontanéité de sa photographie qui casse les règles du cadrage.

En photographie de mode/beauté, je suis très classique, j’aime particulièrement Guy Bourdin, Jeanloup Sieff pour le côté provocateur, très graphique et souvent décalé. Pour l’érotisme, je suis par-dessus tout inspiré par Helmut Newton, qui a vraiment créé un genre décadent, voire porno chic, et Ellen Unwerth, photographie à la fois sensuelle et érotique, mais surtout jubilatoire.

Je suis également un fan de bande-dessinées et j’ai été influencé par différents auteur, en particulier Franck Miller et sa série Sin City, où il y taille les corps à la serpe de lumière dans des blocs d’ombre.

Qui ou que rêvez-vous de photographier à l’avenir ?

50 milliards d’humains toutes périodes confondues ont foulé la Terre et la beauté des femmes n’a fait qu’augmenter depuis les temps immémoriaux. Je pense que Adriana Sklenarikova-Karembeu est la plus belle femme qui ait foulé la planète. Elle, et Môman. Mais j’ai déjà photographié Môman, pas la Valkyrie.

Plus sérieusement, mon modèle féminin idéal a un charme malicieux, une certaine sévérité de traits qui contraste avec une grande sensualité. Entre autres détails, je suis très sensible à la beauté des mains et des pieds, qui sont très importants dans le nu, car ce sont eux qui ponctuent les formes. Par ailleurs, je pense que tous les êtres humains sont faits pour être photographiés. C’était le but du projet La Gueule. J’imaginais parmi les visages l’irruption d’une Adriana Karembeu (encore elle !), d’un Jean d’Ormesson, d’un Michel Blanc, d’une personnalité politique… Tous égaux dans l’excentricité !

Un conseil pour les photographes débutants ?

Je ne suis pas forcément bien placé pour donner des conseils, je me sens éternel débutant. Alors je dirais en vrac : maîtriser ses outils de la prise de vue au tirage final, pour ne plus y voir des entraves mais des moyens ; avoir une logique de projets, réfléchis et explicables ; regarder le travail des autres, s’en inspirer tout en cherchant son propre style ; respecter ses modèles et réellement chercher une collaboration où chacun apportera quelque chose sur la table. Et de ne pas trop se prendre au sérieux : les modèles me disent souvent qu’il est comparativement facile de travailler avec moi, et du coup donnent probablement plus.

Retrouvez Joël Bloch sur son site, ici.

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