“Classés X”, dans les coulisses du porno américain

En 2015 dans une période mêlant joyeusement la Saint-Valentin à 50 Nuances de Grey, la chaîne américaine payante Showtime réservait un joli cadeau à ses abonnés avec la diffusion en exclusivité de X-Rated : The Greatest Adult Movies of All-Time (Classés X : les plus grands films pour adultes de tous les temps).

Voyage sans équivalent dans les coulisses du cinéma pornographique, Classés X revient sur plus de trente films cultes et lubriques, de 1971 à nos jours, de Deep Throat à Underworld, autour de témoignages des plus grandes stars du porno, parmi lesquels Jenna Jameson, Ron Jeremy, James Deen, Marilyn Chambers, Georgina Spelvin, James Deen ou Constance Money… Quels sont les meilleurs pornos américains de tous les temps ? Réponse des experts Bryn Pryor et Chanel Preston !

Ce doc archi complet sur le cinéma coquin est disponible en France depuis 2015. A l’époque, nous n’avions pas pu laisser passer l’occasion d’interviewer Bryn Pryor (aka Eli Cross), le réalisateur (et auteur des films pour adultes Corruption, Icon ou Upload) et la multi-récompensée actrice porno Chanel Preston, narratrice du film et Miss Lara Croft dans Tomb Raider XXX : An Exquisite Films Parody, entre autres. Mais assez parlé : plongeons tout de suite dans les arcanes des films pour adultes !

Lui. Comment décririez-vous votre premier jour de tournage dans le métier ?

Chanel Preston, actrice et narratrice. J’étais très nerveuse. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais dès que le réalisateur a crié “Action !”, je me suis retrouvée exactement dans l’état d’esprit, comme une sportive, et je me suis beaucoup amusée. Ensuite, l’idée de jouer ne m’a plus jamais rendue nerveuse.

Avant de devenir actrice porno, regardiez-vous vous-mêmes des films de ce genre ?

Chanel. J’ai regardé un petit peu de porno, mais pas beaucoup. Pour l’essentiel, j’aimais explorer ce qu’il y avait sur Internet et j’avais quelques DVD. Mais je n’étais pas familière des noms du porno, ni même des titres de films.

Pourquoi vouliez-vous réaliser ce film ? Souhaitiez-vous transmettre un message quelconque ?

Bryn Pryor, réalisateur. Notre objectif était de démontrer qu’il existe de grands films pornographiques. On a trop tendance à considérer que c’est un genre “jetable”, uniquement constitué de films ringards et pourris qui méritent à peine d’être qualifiés de films. Et c’est vrai de la plupart d’entre eux. Mais IL Y A des exceptions à cette règle. Si vous regardez derrière le rideau, vous trouverez bien des personnes qui, à travers les années, se sont impliquées avec une grande sincérité dans les films qu’ils réalisaient et ont donné le meilleur d’eux-mêmes. C’est cette attention, cet effort, ce savoir-faire que nous montrons dans les films dont parle X-Rated. Même dans le monde du cinéma pornographique, les réalisateurs arrivent à glisser de l’art authentique.

Quelles étaient les difficultés particulières de ce film ?

Bryn. La post-production fut un véritable défi, en raison de la phénoménale quantité de rushes que j’avais à ma disposition. Plus de cent heures d’interview et plus de 80 heures d’extraits de films, dont il fallait tirer quelque chose qui fasse sens, le tout en à peine 90 minutes, ça a pris des mois. C’est ce qui rend ce documentaire unique. Avec les films de fiction, si vous avez trop de matériel, c’est que le tournage ne s’est pas passé comme prévu.

“Je pourrais dire qu’être dans le porno a transformé pratiquement chaque aspect de ma vie.”

Ce métier a-t-il influencé votre personnalité ou votre façon de voir la vie, les hommes, les femmes et les relations entre eux ?

Chanel. Oh que oui ! Travailler dans le monde du cinéma pour adultes m’a donné une perspective tout à fait singulière sur les choses. J’ai appris à avoir l’esprit plus ouvert, à me sentir mieux avec mon corps et d’une manière générale, j’ai plus de confiance en moi. Je pourrais dire qu’être dans le porno a transformé pratiquement chaque aspect de ma vie.

On dit souvent que regarder trop de films pornographiques est néfaste aux individus, surtout aux plus jeunes. Qu’en pensez-vous ?

Bryn. Je ne crois vraiment pas cela. La société moderne aime esquiver la notion de responsabilité individuelle et s’en remettre aux institutions… Les médias, l’administration, la société en général. De nos jours, on peut se dire dépendant à toute sorte de chose : les jeux vidéo, Internet, le porno… Mais au bout du compte, vous êtes le seul responsable de vos comportements. Si vous êtes incapable de modérer votre consommation de quoi que ce soit, qu’on parle d’alcool, de sport ou de sexe, de ce que vous voulez, alors il s’agit d’un problème dont doit prendre conscience l’individu que vous êtes. Le problème n’est pas celui du média de la substance ni du comportement qui vous consume ou auquel vous vous adonnez.

Quels sont vos films favoris ? Porno et autres…

Chanel. Je n’ai pas de film porno favoris. Je n’en regarde plus, parce que maintenant je connais tout le monde ! Je conseillerais cependant les 32 films mentionnés dans le documentaire X-Rated, ne serait-ce que pour comprendre comment le cinéma pour adultes a évolué au fil des années. En ce qui concerne les films hollywoodiens, j’adore La Vie rêvée de Walter Mitty (2013, de Ben Stiller, avec Ben Stiller et Kristen Wiig) et Closer, Entre adultes consentants (2004, de Mike Nichols avec Natalie Portman et Jude Law).

Bryn. Pour ce film, on m’a demandé de lister mes 5 films pornos préférés, et j’ai choisi : The Opening of Misty Beethoven, Blonde Ambition, Cafe Flesh, Latex and Upload. Mais pour le cinéma “mainstream”, c’est une question à laquelle il m’est presque impossible de répondre. Mais je mets au sommet Lawrence d’Arabie, Brazil, Inception, et à peu près tout ce qui est signé des Frères Coen ou de Wes Anderson.

Décrivez-nous votre journée idéale.

Chanel. Ce serait une journée où je pourrais manger des frites et des donuts sans grossir.

Bryn. Oh, ça change tous les jours. Je pense que ça consisterait à passer la journée à créer quelque chose qui me trotte encore dans la tête le soir. Sur un plan plus personnel, passer mon temps à faire quelque chose de spécial avec la femme qui me rend fou. Ce qu’on fait n’a pas grande importance, c’est la compagnie qui compte.

Un mot pour les lecteurs de Lui ?

Bryn. Oui : payez votre porno. Le mauvais génie du piratage est bel et bien sorti de la bouteille, en matière de pornographie. Les gens sont maintenant programmés pour penser que le contenu adulte est, et doit être gratuit. Mais si l’on veut avoir le moindre espoir que ces films exceptionnels ne soient pas les derniers du genre, à un moment, il faut payer pour son porno, comme pour n’importe quelle forme de medium. Les grands films sont en voie d’extinction, et ce n’est pas par manque de demande, mais par manque de profit. Tout le monde est content de les télécharger gratuitement tous les jours, mais si ce business-model continue sur une telle lancée, il ne se passera pas beaucoup de temps avant qu’ils n’aient plus rien à voler.

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