On l’avait quitté avec des histoires de « renflement brun » et quelques milliards de déficit envolés dans la nature (une broutille), on le retrouve avec un nouveau pavé chez Gallimard. Bruno Le Maire, le ministre le plus prolifique de la Ve République, revient avec Le temps d’une décision. Un titre qui sonne comme un adieu, ou une menace, c’est selon.
La plume comme bouclier
Depuis qu’il a quitté Bercy, Bruno semble avoir troqué sa calculatrice (qu’il n’utilisait visiblement qu’avec parcimonie) pour un stylo-plume bien plus acéré. Dans ce nouvel opus, il nous invite dans les « coulisses du pouvoir ». Comprenez : une visite guidée du bunker élyséen où l’on décide de tout, souvent seuls, et parfois à côté de la plaque. Le Maire se fait l’ethnographe d’une cour qu’il a servie pendant sept ans, mais dont il décrit aujourd’hui la brutalité avec une délectation presque suspecte.
L’élégance du naufrage
Ce qui frappe chez Bruno, c’est cette capacité très Lui à transformer un bilan budgétaire en tragédie grecque. Pour lui, la politique n’est pas une affaire de chiffres, c’est un « combat moral et physique ». On l’imagine presque en sueur, la cravate desserrée, luttant contre les forces obscures du marché… ou contre l’ego surdimensionné de ses collègues. Il décrit ses relations au scalpel, n’oubliant personne, surtout pas ceux qui, comme Gabriel Attal ou Élisabeth Borne, commencent eux aussi à vider leur sac.
Legoût du « dire-vrai » (après coup)
Il y a quelque chose de piquant à voir ces grands commis de l’État découvrir les vertus de la vérité une fois le badge de sortie rendu. Le temps d’une décision est-il le testament d’un homme d’État ou le pitch d’un futur destin national ? Entre deux séances de dédicaces à Deauville ou au Drugstore Publicis, Le Maire joue sa partition préférée : celle du Sage qui avait prévenu, mais qu’on n’a pas écouté.
Alors, on lit ? Pour le style, sans doute. Pour la leçon de gestion, on repassera. Mais dans un monde qui bascule, il est toujours rassurant de savoir que Bruno, lui, a déjà choisi son camp : celui des belles lettres et de l’élégance… quitte à laisser l’addition sur la table.
Parce que décider, c’est bien. Mais l’écrire, c’est tellement plus chic.

