À trois on y va est un film léger et émouvant qui, contre toute attente, fait sourire et rire aux éclats.
La rédaction du Lui.fr vous propose de lire ou relire l’interview du casting du film de 2015.
Là où devrait naître le conflit, il n’est jamais question de maux, de jalousie ou de tristesse mais de réconciliation et de romantisme. Jérôme Bonnel réussit à faire naître la paix là où d’ordinaire surgit la tension, la haine, le chagrin. Dans un monde chaque jour plus contradictoire, la seule conviction qu’il nous reste est l’amour. Car rappelons l’histoire : Charlotte (Sophie Verbeeck) et Micha (Félix Moati) sont jeunes, beaux et amoureux. Puis Charlotte trompe son amoureux avec Mélodie (Anaïs Demoustier), laquelle ne va pas tarder, à son tour, à la tromper avec Micha… Et sans juger, on accepte les trois personnages comme ils sont, avec leur innocence, leurs émotions et leurs questions.
Dans un monde de plus en plus contradictoire, le réalisateur veut montrer au spectateur que la seule conviction qu’il lui reste est l’amour. Ne plus croire qu’en ce sentiment si noble est semble-t-il, pour lui, ce qu’il reste de plus beau, au bout du bout, tous chemins explorés et toute philosophie cuite et recuite. Anaïs Demoustier, Félix Moati et Sophie Verbeeck forment un trio complice et généreux qui donne presque envie de s’aimer à trois… À défaut, LUI s’est assis à leur table.
LUI. L’amour à trois, c’est possible ?
Anaïs Demoustier. À chaque nouveau rôle vient la confrontation à des questions qu’on ne se serait pas forcément posées. Durant le tournage, je me suis demandée s’il était possible d’aimer deux personnes en même temps… D’être amoureuse d’un couple ? Je pense que oui et, également, que le couple aime en retour, sans jalousie. C’est cela qui est beau dans ce film, il y a beaucoup de tolérance et d’acceptation, sans conflits majeurs.
Félix Moati. Il n’y a pas de règles en amour. C’est un espace de liberté immense que chacun peut vivre comme il l’entend. Je sais qu’à titre personnel, j’aurais beaucoup de mal et je ne le supporterais sans doute pas.
Sophie Verdebeeck. L’amour, dans l’absolu, c’est possible entre deux, trois, quatre… Il n’y a pas de critères. Tout dépend des histoires de chacun.
Loin de tout ce qu’on peut imaginer, ce film léger et attendrissant est un Vaudeville. Tout du long on rit joyeusement. Ce côté comique vous a plu ?
Sophie. Ces moments de comédie donnent des respirations d’humour, à l’intérieur d’une vraie profondeur. À la première lecture, je n’ai pas vu le côté humoristique. Le côté Vaudeville avec les portes qui claquent… c’est comme des pulsations ou des respirations à l’intérieur du drame, qui viennent rythmer le film.
Félix. C’est une délicatesse de la part de Jérôme. C’est une manière pour lui de protéger le spectateur. Le sujet est à la base un peu grave. Finalement, c’est comme dans la vie, il y a des instants de légèreté.
Anaïs. En lisant le scénario, j’ai seulement perçu le comique de situation, avec mon personnage qui s’empêtre dans ses mensonges et se retrouve dans des situations rocambolesques. C’est plutôt les grands sentiments et le romantisme qui m’ont particulièrement marqué.
Là où devrait naître le conflit, il n’y a pas de jalousie, pas de tristesse, pas de maux… C’est presque idyllique. Comment est-ce possible ?
Anaïs. Les personnages acceptent ce qui se passe. Quand il y a de la colère, de la haine ou de la jalousie, c’est en général parce qu’on ne veut pas voir ce qui nous arrive. Ils ont beau être très jeunes, ils ont la maturité et le courage de s’autoriser à vivre ce qu’ils ont à vivre, en se le disant les yeux dans les yeux.
Félix. Il n’y a pas de jalousie car le film est sur la réconciliation et la paix. Le couple de Micha et de Charlotte vit dans la nostalgie d’un amour passé qui a été très fort. Jérôme nous capte dans un moment donné, où l’amour de ces deux jeunes gens qui s’aiment profondément est en crise. Mais ils ne veulent pas le laisser partir. Ils y ont cru et veulent y croire encore.
Sophie. Le conflit ne provoque pas de la haine ici, mais de l’amour. C’est toute la beauté du film.
La confusion des sentiments, des genres et des sexes, semble être un mal de notre époque. Qu’en pensez-vous ?
Felix. De manière générale, notre époque a un goût prononcé pour les idées moyenâgeuses. Que ce soit sur l’identité sexuelle, le retour excessif du fanatisme religieux… il y a un retour en arrière. Jérôme aime filmer les femmes et les gens amoureux. C’est uniquement ce qu’il fait dans son film. La question des genres, il n’a même pas dû se la poser.
Anaïs. L’histoire de l’homosexualité n’est pas traitée dans le film car en fin de compte, on s’en fiche complètement. Ce n’est pas le sujet. Je pense qu’on aura réglé beaucoup de choses le jour où toutes ces questions n’en seront plus. Le film a cette modernité. Au début, je n’ai même pas pensé au côté bisexuel de mon personnage, mais juste à ce couple à trois.
Récemment, j’ai joué dans le film de François Ozon avec Romain Duris. Son personnage se travestit. Ce sont des questions qui reviennent et qui sont présentes dans les scénarios, or le cinéma est à l’image de la vie. Avec le film d’Ozon je m’étais déjà beaucoup interrogée sur la féminité : qu’est-ce qui fait qu’on est plus ou moins femme qu’un homme ? Est-ce que des hommes ne sont pas de temps en temps plus féminins que nous dans leur manière de s’habiller… ?
Sophie. Jérôme arrive à effacer cette idée d’homosexualité. Que les personnages le soient ou pas, cela n’a plus aucune importance. C’est un sacré tour de force de sa part de réussir à ne montrer que l’amour entre eux trois.
Comment avez-vous rejoint ce triangle amoureux ?
Sophie. Jérôme voulait être certain que le triangle amoureux fonctionne. Nous avons donc travaillé toute une après-midi chez lui avec Félix et Anaïs et les choses ont pris très vite entre nous trois. Il y a eu une énergie commune et une connexion.
Félix. Nous avons passé des castings assez classiques. Je connaissais très bien Anaïs mais nous n’avions jamais joué ensemble. J’ai tout de suite été fasciné par Sophie et je l’ai dit à Jérôme.
Micha est de loin le personnage le plus romantique des trois. Pensez-vous qu’aujourd’hui les hommes soient plus romantiques que les femmes ?
Anaïs. J’en suis certaine. J’ai le sentiment que c’est le chemin d’évolution dans les rapports. Les hommes acceptent plus leur part de féminité et les femmes leur virilité. Elles sont parfois plus aux manettes, moins victimes et autant responsables que les hommes de leur couple. Pour eux, il y a malheureusement encore quelque chose d’orgueilleux : accepter leur part féminine est encore trop souvent perçu comme mettre un genou à terre et montrer de la faiblesse.
Félix. J’aime cette idée de romantisme. Avec mes amis, nous n’avons pas peur de notre part de féminité. C’est comme une forme de rébellion à l’époque du zapping permanent avec les applications ou sites de rencontres comme Tinder, Meetic, Happn et autres.
Sophie. Je trouve que le romantisme est un des plus beaux combats de notre époque où tout a tendance à être banalisé, y compris les relations amoureuses. Elles se succèdent et sont souvent traitées comme des mouchoirs.
Charlotte est un personnage mélancolique. Elle a du mal à s’attacher, à se livrer et en fin de compte à aimer. Ses relations avec Micha et Mélodie en pâtissent. Quelle en est la raison ?
Anaïs. Jérôme n’a pas vraiment voulu qu’on le sache. Il y a des gens comme cela dans la vie, qui gardent une forme de mystère. Ils créent de la distance entre eux et nous. Paradoxalement, c’est ceux qui se rendent attirant car on a envie de savoir ce qui les traverse.
Sophie. On ne connaît rien de Charlotte, pas même son niveau social. C’est un électron libre, elle est “inattrapable”. On ne sait pas si elle est prisonnière de sa mélancolie ou si elle est dans une liberté sans entrave.
Félix. Charlotte est dans la souffrance d’aimer sans que cela soit justifié. C’est pour cette raison que Micha et Mélodie l’aiment tellement et qu’ils sont liés par leur amour pour elle.
Le fait que Mélodie soit avocate peut d’un premier abord sembler assez paradoxal mais, en réalité, il est loin d’être anodin…
Anaïs. Jérôme a voulu qu’elle soit avocate pour qu’elle soit confrontée tous les jours à la question de la loi, du droit, de ce qu’on a droit de faire ou pas, aux mensonges, à la morale… Toute la rigueur qu’elle doit appliquer entre en écho avec ses tourments intimes. Beaucoup d’amies de mon âge (27 ans) exercent les métiers de psychologue, de médecin ou d’avocat, des métiers qui demandent une grande confiance. Professionnellement, elles sont obligées d’être sûres d’elles en permanence. Je trouve que le film montre bien à quel point il est difficile de garder la face professionnellement quand on est très jeune et perturbé dans sa vie intime.
Félix. C’est ironique. Il s’agit d’une mise en abyme du mensonge et du travail de l’acteur. Elle ment à tout le monde par devoir et par métier, comme dans sa vie sentimentale et intime.
Sophie. Les lieux extérieurs n’existent quasiment pas dans le film. Le seul lieu social est le tribunal qui est l’endroit hautement symbolique de la vérité et du mensonge. Devoir mentir et en même temps être en quête de la vérité, voilà tout le paradoxe du personnage de Mélodie.
Le couple se trompe avec une seule et même personne, Mélodie. Est-ce excitant ou complexe, d’avoir cette place ?
Anaïs. J’ai le sentiment que c’est plutôt embarrassant. C’est le chaos dans sa tête et dans son cœur. Elle est submergée par les sentiments et se retrouve dans cette situation rocambolesque qu’elle n’avait pas prévue. Elle n’est ni perverse, ni manipulatrice. Il n’y a rien de prémédité. Elle a besoin d’être consolée car elle a du mal à vivre son amour avec Charlotte. C’est le personnage de Micha qui trouve en elle une place de consolateur.
Avez-vous déjà menti par amour ?
Félix. Nous sommes condamnés au mensonge et je pense que c’est important de garder une part de nous que l’autre ne connaît pas.
Anaïs. Non, jamais car j’ai un problème avec le mensonge. Je suis obligée de tout le temps dire la vérité. Pourtant, je sais que de temps en temps, cela serait certainement plus simple de mentir.


