La rédaction du Lui.fr vous propose de lire ou relire l’interview de Hugh Howey de 2014.
Autopublication, mode d’emploi : comment passer du travail solitaire dans son salon à un succès international traduit en 35 langues, sans connaître personne dans le petit monde des éditeurs ? Biberonné aux chefs d’œuvres de la SF puis converti aux séries télé, l’Américain Hugh Howey ne s’est pas posé de questions lorsqu’il a commencé à publier lui-même, sur Amazon, les textes écrits durant ses pauses déjeuner. Résultat : plus de 500 000 exemplaires vendus de Silo (Wool en V.O., édité en France par Actes Sud), thriller dystopique dont le premier tome n’est pas sans rappeler le génial Snowpiercer de Bong Joon-ho : suite à un cataclysme écologique, les derniers survivants de l’humanité ont trouvé refuge dans un silo agricole (les riches en haut, les pauvres en bas) et sont maintenus dans l’ignorance de ce qui se passe à l’extérieur par un pouvoir tyrannique. Jusqu’à ce qu’un vent de révolte souffle dans les étages…
LUI : Vous avez exercé beaucoup de métiers avant d’en arriver à l’écriture : capitaine de yacht, employé dans une librairie universitaire… Romancier n’est-il qu’une étape avant la prochaine ?
HUGH HOWEY : J’ai toujours rêvé d’être écrivain. Mais il y a encore des tas de choses que j’ai envie de faire. Enseigner, tenir une ferme et vendre mes produits… Ou bien écrire un jeu vidéo ! Beaucoup de choses sont susceptibles de me rendre heureux. Le jour où quelque chose ne me convient plus, je n’ai pas peur d’y mettre fin, quel que soit le temps que j’ai déjà investi. Je carbure avant tout au bonheur.
Comment vous êtes-vous lancé dans l’écriture ?
J’ai commencé par publier une nouvelle, qui correspond aux sept premiers chapitres du livre aujourd’hui. Deux mois après les avoir mis en ligne, j’ai eu tellement de retours positifs que j’ai décidé de continuer à écrire. Mais Silo n’était pas ma première tentative. J’avais déjà écrit six romans et une nouvelle auparavant.
Pourquoi ne pas avoir tenté d’intégrer le circuit traditionnel de l’édition ?
Parce que je trouvais le processus très lent et que je n’avais aucune prise, ni sur la partie créative, ni sur les prix. Or je préférais gagner moins d’argent et permettre à un maximum de gens de lire mon histoire.
Aviez-vous déjà bâti une communauté sur le web lorsque vous avez commencé à publier ? Sur les réseaux sociaux ou sur un blog par exemple…
Pas vraiment. Cette communauté s’est vraiment bâtie avec le temps. Au début, il n’y avait que ma femme, quelques collègues de travail et mes cousins qui lisaient régulièrement mon blog. Jusqu’à ce que je reçoive des messages de complets inconnus. Cela a pris trois ans et la publication de sept romans en ligne pour que cela décolle.
Votre démarche ressemble à celle des musiciens qui commencent par mettre leurs morceaux en ligne sur YouTube…
Absolument ! Je n’ai jamais entendu un musicien frapper à la porte d’un grand studio sans jamais avoir joué devant un public. On commence par jouer dans la rue, puis dans un bar, puis en tournée… On se crée un catalogue d’œuvres, puis on bâtit une petite communauté de fans… C’est aussi ce qui se passe pour les photographes ou les peintres. La seule raison qui a maintenu cette spécificité de la littérature, c’était le coût de production et de distribution d’un livre. Or tout cela est en train de changer.
Avez-vous perdu une partie de votre liberté en vous associant à de grandes maisons d’édition : Random House en Grande-Bretagne et Actes Sud en France ?
Non car je ne travaille avec des maisons d’éditions qu’à l’étranger, où il me serait trop compliqué de tout gérer, notamment en ce qui concerne les traductions. Aux Etats-Unis, je continue à m’auto-publier, notamment pour être en mesure de publier dès qu’un nouveau roman est prêt. Mes lecteurs m’en voudraient si j’attendais 6 mois !
Le rythme du livre est trépidant, avec des chapitres assez courts. Cela vient-il du fait que vous avez publié le livre par petits bouts, sur Internet ?
Cette lecture fragmentée correspond à notre mode de vie actuel. J’ai appris énormément en terme de narration en regardant d’excellentes séries télé comme Breaking Bad, Mad Men ou Walking Dead, qui ont trouvé l’équilibre entre raconter une histoire complète par épisode et en raconter une, plus large, sur la durée. Le visionnage de Lost a également été très formateur pour moi. J’étais tellement déçu après quelques saisons ! Je trouvais que la série ne récompensait pas suffisamment la patience des spectateurs. Je me suis dit que j’allais faire exactement le contraire. Même les mauvaises pages sont indispensables. Il faut les avoir écrites pour pouvoir progresser.
Quel effet cela vous fait de voir un éditeur aussi respecté qu’Actes Sud inaugurer avec votre livre une nouvelle collection dédiée à la science-fiction ?
Pour un amoureux du genre comme moi, c’est une nouvelle incroyable. On oublie trop souvent qu’un grand nombre de livres de SF figurent parmi les chefs d’œuvre de la littérature mondiale : 1984 de George Orwell, Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, La Servante écarlate de Margaret Atwood, La route de Cormac McCarthy, le Cycle de fondation d’Isaac Asimov, Les voyages de Gulliver…
On sent que vous avez mis du cœur à développer l’intrigue amoureuse dans Silo. Ne seriez-vous pas un grand romantique ?
Je dois avouer qu’un de mes livres préférés au lycée était Jane Eyre. J’adore aussi Shakespeare… Ma femme trouve que je suis un vieux romantique mais pour moi, toute histoire devrait être une histoire d’amour. Parce que nous sommes tous épris de quelqu’un ou de quelque chose.
Silo est disponible en librairie dans la collection Exofictions de Actes Sud, ici.


