Guillaume Canet : “Je suis un ours”

Acteur beau gosse, réalisateur avec des hauts et des bas, cavalier solide et mari d’une star hollywoodienne, Guillaume Canet se livre sur sa dépression post-Blood Ties, son enfance de jongleur dans un cirque et tout le plaisir qu’il a éprouvé à interpréter un tueur de jeunes filles.

Extrait de l’interview de Guillaume Canet dans Lui 12 de 2014.

En attendant Guillaume Canet à La Société (le Costes de Saint-Germain-des-Prés), j’engloutis un gin-tonic à grosses gorgées. Il faut dire que je dois me remettre de mes émotions : je sors de la projection de son dernier film (La prochaine fois je viserai le cœur de Cédric Anger). Canet y interprète avec une froideur effrayante un gendarme qui zigouille des auto-stoppeuses avant de se verser des casseroles d’eau bouillante sur le dos. Il est très convaincant en serial killer compulsif et masochiste. Dîner avec un schizophrène pareil demande du courage : d’où le verre de gin (ou est-ce juste une excuse pour me remettre au Bombay Sapphire ?) Après un bref sondage auprès des filles du magazine Lui, Canet est considéré comme « sexy mais arrogant ». Je trouve que c’est préférable à une image de mou-humble. Mais ce garçon mérite-t-il d’énerver autant ? Voyons voir : il a joué dans La Plage avec Leonardo DiCaprio, il a réalisé quatre longs-métrages dont Ne le dis à personne, qui lui a valu le César du meilleur réalisateur, et Les Petits Mouchoirs qui a totalisé 5 millions d’entrées, il a épousé Diane Kruger puis fait un enfant (prénommé Marcel) à Marion Cotillard… Réflexion faite : oui, Guillaume Canet correspond à peu près à la définition d’un mec super énervant.

Guillaume Canet. Bonsoir, ah, tu bois du gin-tonic. Bon, eh bien (hélant la serveuse qui ressemble à Noomi Rapace dans Millenium en plus grande et aussi tatouée) … Mademoiselle, je veux bien une caipiroska, s’il vous plaît.

(Intérieurement, je prends cette caipiroska comme une grande victoire personnelle : mes invités se sentent désormais obligés de boire de l’alcool pour paraître rock’n’roll dans Lui. Je pense que le triomphe de cette rubrique sera complet le jour où mon invité se plantera une seringue dans le bras avant de répondre à ma première question.)

Tu sais que pour mes 40 ans, on m’a offert un Lui de mon année de naissance ?

Frédéric Beigbeder. Tu es né en 1973, je t’ai googlé. Il y avait qui, sur la couverture ?

G. C. Trois femmes.

F. B. À l’époque, on avait les moyens. Et donc tu comptes me faire croire que tu as découvert notre magazine à l’âge de 40 ans ?

Je reconnais que, quand j’étais ado, j’avais une pile de Lui planquée sous mon matelas et du coup, mon lit était penché… et ma mère m’avait engueulé non parce que j’avais caché des trucs salaces, mais parce que j’allais me faire mal au dos à dormir sur un matelas en pente !

(Rires.)

Alors pour commencer par une note sinistre… La personne qui t’a révélé au cinéma est morte la semaine dernière : il s’agit du cinéaste Rémi Waterhouse… le scénariste de Ridicule et réalisateur de Je règle mes pas sur les pas de mon père, où tu jouais avec Jean Yanne, en 1998. Tu avais gardé le contact ?

Oui, pendant de nombreuses années, il était à ’hôpital. Déjà sur Je règle mes pas sur le pas de mon père il commençait à marcher avec une canne et à avoir des moments de fatigue…

Sclérose en plaques ?

G. C. : Oui… J’ai tourné un autre film avec lui qui s’appelait Mille millièmes et là il avait fait une partie du film en fauteuil et ça faisait cinq ans qu’il était à l’hosto, je suis allé le voir, pas assez souvent à mon goût. C’est très triste.

C’était juste pour bien plomber l’ambiance.

Bravo.

C’était pour me venger. Je viens de voir, aujourd’hui, La prochaine fois, je viserai le cœur de Cédric Anger et je te le dis franchement : tu m’as foutu les chocottes. Ça fait bizarre d’avoir rendez-vous avec un monstre.

Non mais c’est pour de faux, hein, c’est du cinéma.

Oui mais toi tu aimes le réalisme. Je ne te vois pas jouant un hobbit, par exemple.

(Rires.) C’est vrai !

Je ne sais pas pourquoi je dis ça… Peut-être que les oreilles pointues t’iraient bien !

Non, mais c’est vrai… Non seulement j’ai besoin de ça mais j’aime ça, j’aime la recherche de la vérité.

Revenons à ce film : c’est l’histoire d’un gendarme qui n’est pas exactement le gendarme de Saint-Tropez.

Exact. Il ne va pas très bien. Je vais te dire : même ma meuf qui a vu le film, dans la demi-heure qui a suivi, elle me regardait un peu bizarrement, elle me disait : « Excuse-moi mais j’ai un peu de mal.»

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